L’histoire du temps présent

Jeunesse Esch: L’entraîneur oublié Max Gold (deuxième partie)

Avec l’invasion et l’occupation allemande du Luxembourg, la discrimination, la persécution et les souffrances marquèrent le parcours de Max Gold et de son épouse. Max et Kreine avaient quitté Esch fin avril 1940 et déménagé dans la capitale où ils habitèrent d’abord à l’hôtel Select, comme beaucoup d’autres réfugiés juifs. Plus tard, ils habitèrent au 14, rue d’Orange et ensuite au 20, rue de Chicago, à Luxembourg-Bonnevoie.1)

Max und Kreine Gold bei ihrer Ankunftserklärung in Brüssel, April 1942, historische Aufnahme Zweiter Weltkrieg

Photos de Max et de Kreine Gold sur leur déclaration d’arrivée à Bruxelles, en avril 1942 Source: Archives générales du Royaume Bruxelles, Dossier Police des étrangers, n° 1.277.541

Max et Kreine tentèrent d’émigrer outremer, mais les négociations avec un club de football chilien n’aboutirent pas. Max Gold est finalement embauché comme entraîneur par l’équipe de Mansfeldia Clausen. L’instauration du Gauleiter Gustav Simon et de l’administration civile allemande en août et l’introduction des ordonnances antijuives en septembre 1940 entraînèrent son licenciement. La famille se retrouva sans revenus.

Le 17 août 1940, leur fille Erika naquit à Luxembourg-Ville. Durant cette période difficile, le Consistoire israélite a soutenu la famille et a obtenu, notamment par l’intermédiaire du pédiatre Dr Joseph Molitor, que leur bébé reçoive un demi-litre de lait par jour. L’organisation d’entraide juive ESRA apporta également son aide.

En 1941, les conditions empirèrent encore pour les Juifs du Luxembourg. Avec plus de 50 autres juifs, Max Gold fut interné et astreint au travail forcé du 4 septembre au 11 octobre 1941 sur la „Reichsautobahn“ près de Wittlich. En tant qu’ancien combattant autrichien de la Première Guerre mondiale, Max échappa avec son épouse et sa fille à la première déportation du Luxembourg vers Litzmannstadt en Pologne le 16 octobre 1941. Comme les autres Juifs du Luxembourg, Max et Kreine durent porter l’étoile jaune.

Le calvaire d’Elka Presyte

En août 1939, Elka Presyte, la sœur de Kreine, née le 5 décembre 1914 à Jurbarkas (Lituanie), était venue leur rendre visite à Esch-sur-Alzette.2) Mais comme les rails avaient été détruits sur de nombreuses lignes de chemin de fer après le début de la guerre en septembre 1939, Elka resta bloquée au Luxembourg. Fin avril 1940, elle s’installa dans la capitale avec le couple Gold-Presyte. Elle logea comme eux d’abord à l’hôtel Select, rue de Strasbourg, puis prit une chambre au 22, place du Parc. Comme eux, elle était soutenue par l’ESRA. Ses demandes de visa de transit à travers l’Allemagne vers la Lituanie restèrent sans réponse de la part de l’ambassade d’Allemagne. Elka Presyte fut déportée dans la nuit du 16 au 17 octobre 1941 dans le premier convoi de déportation vers l’Est du Luxembourg vers le ghetto de Litzmannstadt. Elle y fit du travail forcé comme couturière dans le ghetto et y mourut le 2 février 1943. Comme cause de décès, les nazis indiquèrent le typhus.3)

Après son retour du travail forcé à la „Reichsautobahn“, Max Gold reçut le 17 novembre 1941 un nouvel ordre de la Gestapo, cette fois-ci pour effectuer du travail forcé au camp d’internement que l’occupant nazi avait installé dans l’ancien couvent de Cinqfontaines dans le nord du Luxembourg. Il devait y construire avec d’autres Juifs les fondations de baraques „pour y concentrer tous les Juifs“.

Gestapo-Akte der Familie Gold 1942 mit den von Nazis hinzugefügten Vornamen Israel und Sara

Fiche de la Gestapo sur la famille Gold, 1942. Les prénoms Israel et Sara ont été ajoutés par les nazis. Source: Arolsen Archives, Familie Gold, 1.2.3.5, DocID 12532097

L’angoisse permanente à Bruxelles

Le 15 avril 1942, la famille Gold reçut une convocation de la Gestapo leur enjoignant de se présenter le 23 avril à la gare de Luxembourg pour faire partie du deuxième convoi de déportation vers la Pologne, vers le ghetto d’Izbica. Mais le 23 avril 1942, la Gestapo nota dans son fichier que Max Gold et sa famille avaient réussi à s’enfuir, comme en témoigne l’inscription „fort, unbekannt wohin“.

Que s’était-il passé? Max Gold était en contact avec le résistant Eugène Thomé, chef du groupe de Luxembourg-Ville de la résistance communiste, lequel avait été avant la guerre responsable du Secours rouge pour la capitale. Au 20, rue de Chicago vivaient non seulement Max Gold et sa famille. Le communiste François Frisch y était également caché. Ensemble, ils préparent un plan d’évasion de la famille Gold vers Bruxelles. Le plan fut mis en pratique par René Kunsch, camarade de travail de Thomé à l’usine Ri-RI (fabrication de fermetures à tirette), située dans le quartier de la Gare à Luxembourg.4) C’est Kunsch qui amena le 19 avril la famille Gold de Luxembourg à Rodange par train, avant de la faire passer la frontière à travers l’usine vers Athus. Le 20 avril, elle arriva à Bruxelles.5)

Arrivés à Bruxelles, les époux Gold passèrent sous silence leur identité juive et se firent inscrire comme ressortissants allemands au registre des étrangers de la Ville de Bruxelles, le 30 avril 1942. Gold déclara être venu en Belgique pour donner des leçons particulières de culture physique. Ils vécurent de la vente de leurs effets personnels et furent soutenus financièrement par l’organisation de résistance Comité de défense des Juifs (CDJ).

D’autres soucis vinrent s’ajouter. Le 29 juin 1942, Max Gold fut convoqué par la police dans une affaire incroyable. Il devait prouver qu’il n’était pas identique à un Max Gold qui avait été écroué le 19 juillet 1923 à la prison de Forest-lez-Bruxelles pour défaut de moyens d’existence et expulsé. Par la comparaison des empreintes digitales, il s’avéra que l’expulsé de 1923 s’appelait de son vrai nom Heinrich Preiser, avait habité dans le même district à Vienne que Max Gold et avait à plusieurs reprises usurpé le nom du footballeur.

Craignant d’être découverts malgré tout et arrêtés par la Gestapo, Max et Kreine confièrent leur fille Erika à des religieuses catholiques. Un faux certificat de baptême fut établi par le curé de la paroisse d’Athus, Jean Becker. Pour Max Gold, la persécution s’est poursuivie à Bruxelles après la libération. Il fut arrêté le 11 septembre 1944 en tant que „ressortissant d’une nation ennemie“ et passa deux mois derrière les barreaux à la prison de Saint-Gilles. De sa cellule, il écrivit au ministre de la Justice: „Ich befinde (mich) in St. Gilles Zelle 466, bin mit Häftlinge(n) in Gefängniss, die unsere Gegner und Feinde sind und uns Juden gehasst und verfolgt haben (N.S.K.K., Werbestelle, Zollfahndung u.s.w.).“ Il fut relâché seulement le 19 novembre 1944. Puis, le couple eut beaucoup de problèmes pour récupérer sa fille des mains des religieuses.

Indésirables au Luxembourg

En juin 1945, la famille Gold-Presyte quitta Bruxelles et retourna au Luxembourg, bien que ses demandes de retour aient été rejetées. Non seulement l’histoire de la persécution de la famille Gold fut ignorée, mais les autorités luxembourgeoises avancèrent toute une série de préjugés et d’arguments antisémites. John G. Sillem, secretaire du Intergovernmental Committee on Refugees, créé par la Conférence d’Evian en 1938, intercéda auprès du ministre de Luxembourg à Londres, André Clasen, le 28 mai 1946, pour le „réfugié de terreur nazi“ Max Gold. Sillem rappela les promesses faites par le gouvernement luxembourgeois en exil qui avait garanti un droit de retour aux Juifs qui avaient vécu avant-guerre au Luxembourg et qui „ont dû fuir devant la menace nazie“. Max Gold avait entretemps été engagé comme entraîneur par le Rapid Neudorf. Rien n’y fit, car début septembre 1946, la famille reçut un ordre d’expulsion. De retour à Vienne, Max Gold reprit progressivement son travail d’entraîneur et de manager de football.

Erika Gold bei Auftritt in Wien im November 2025, Porträt einer Sängerin auf der Bühne

Erika Gold à Vienne, novembre 2025

Comme me l’a raconté leur fille Erika6), alors que Max Gold n’a jamais complètement perdu sa joie de vivre, sa mère Kreine, qui avait en plus été maltraitée par la Gestapo et resta partiellement invalide toute sa vie, ne s’est jamais remise de cette expérience et de toutes les souffrances endurées: „Elle était dépressive et prenait des antidépresseurs. Elle a même fait enlever la sonnette de la porte, car elle pensait toujours que la Gestapo était devant la porte.“ Kreine est décédée le 16 mai 1993 à Vienne.

Le 6 décembre 1961, les funérailles de Max Gold eurent lieu au cimetière central de Vienne. Selon la presse, elles faisaient suite à un tragique accident survenu à Téhéran. En tant que manager de l’équipe championne de Suède, Malmö FF, il accompagnait celle-ci dans un voyage au cours duquel elle devait jouer à Téhéran, Bagdad et dans d’autres villes. Selon ces rapports, Max Gold aurait ouvert la porte de la cage d’ascenseur de l’hôtel, alors que la cabine s’était arrêtée à un étage supérieur, avant de faire une chute mortelle. Les autorités autrichiennes ont toutefois informé sa fille Erika qu’il s’agissait très probablement d’un meurtre avec vol. Max Gold venait d’être payé en dollars peu avant et ne s’était pas présenté au banquet de clôture de l’équipe. L’argent n’a pas été retrouvé.

1) ANLux, Ministère de la Justice, Police des Étrangers, J-108-0450397: Dossier Max et Kreine Gold-Presyte.

2) ANLux, J-108-03297998: Dossier Elka Presyte.

3) Archiwum Państwowe w Łodzi (APL), Elka Presitte, 39/278/0/13.4/1011; cité chez: Wolfgang Schmitt-Kölzer/Denis Scuto, Familie Gold-Presyte, in: Daniel Thilman (éd.), Parcours de vie. Les Juifs du Luxembourg et la Shoah, Luxembourg, Fondation Lydie Schmit, 2026, p. 136-141

4) Henri Wehenkel, Der antifaschistische Widerstand in Luxemburg 1933-1944, Luxembourg, 1985, p. 137-138; Recherches actuelles de Daniel Thilman sur l‘aide de membres de la Résistances à des personnes juives du Luxembourg.

5) Récit de Max Gold sur son parcours depuis 1938, Archives générales du Royaume, Dossier Police des étrangers famille Gold, n° 1.277.541.

6) Entretiens de Denis Scuto avec Erika Gold des 31 octobre, 20 novembre et 8 décembre 2025.

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