Forum de Mil Lorang
Réflexions sur les émeutes et la culture révolutionnaire en France
Contrairement au modèle nord-européen, fondé sur la négociation et le compromis, la France reste profondément marquée par un héritage révolutionnaire où la confrontation directe avec les pouvoirs publics occupe une place centrale. Manifestations et blocages demeurent des leviers importants pour obtenir des concessions, mais ces affrontements dégénèrent fréquemment en violences, que ce soit de la part des contestataires ou des forces de l’ordre.
La mairie de Limoges en flammes, le 17 octobre 2026 Photo: Pascal Lachenaud/AFP/dpa
Si la Révolution française a permis de renverser la monarchie absolue, la période de la Terreur a montré que la violence pouvait entraver l’instauration d’institutions stables et d’un véritable Etat de droit démocratique. Il a fallu près d’un siècle, jusqu’à la Troisième République, pour que la France devienne une démocratie durable, bien que limitée à l’époque: seuls les hommes de plus de 21 ans pouvaient voter, les femmes et les militaires étant exclus. Ce n’est qu’en 1944 que les femmes françaises ont obtenu le droit de vote, participant pour la première fois à une élection en 1945. A titre de comparaison, les femmes luxembourgeoises bénéficiaient de ce droit depuis 1919.
Zur Person
Foto: privat
Depuis de nombreuses années, Mil Lorang est un contributeur externe du Tageblatt sur des sujets historiques, sociétaux et politiques. Il est l’auteur du livre „L’ombre de la Shoah sur le Luxembourg“.
L’instauration du suffrage universel, la séparation des pouvoirs, les libertés d’expression et de la presse, l’équilibre institutionnel et la représentation de l’opposition au Parlement sont les fondements d’une démocratie libérale et pluraliste. La France ne répond pleinement à cette définition que depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Le rejet de la démocratie libérale par la gauche révolutionnaire
L’extrême gauche radicale – marxistes, trotskistes, anarchistes – rejette catégoriquement la démocratie libérale, perçue comme un système protégeant les intérêts de la classe dominante au détriment de l’égalité sociale. Les anarchistes, quant à eux, refusent par ailleurs toute forme d’Etat ou d’autorité.
Fortement attachée à la liberté d’expression, la France a laissé éclore des courants idéologiques révolutionnaires visant pourtant à renverser l’ordre établi. Lors des mouvements sociaux, certains groupes issus de ces courants rejoignent les manifestations légitimes et non-violentes, souvent organisées par les syndicats, pour perturber l’ordre public, provoquer des affrontements et exprimer, par la violence, leur rejet du régime politique.
Pour prévenir ces dérives, la Cour constitutionnelle allemande a développé le concept de „démocratie apte à se défendre“ (Wehrhafte Demokratie), tirant les leçons de la chute de la République de Weimar. En s’appuyant sur la Loi fondamentale (notamment l’article 21), ce mécanisme permet à la Cour d’interdire les partis dont les objectifs menacent l’ordre démocratique et libéral (freiheitliche demokratische Grundordnung). Ce pouvoir a été exercé dans les années 1950 pour dissoudre le parti néonazi SRP (Sozialistische Reichspartei) et le parti communiste KPD (Kommunistische Partei Deutschlands).
Face à la résurgence des mouvements révolutionnaires, la vigilance et l’endiguement des groupes violents sont essentiels à la pérennité de la démocratie libérale.
L’histoire l’atteste: de la Terreur sous la Révolution française aux dérives totalitaires de la révolution russe d’octobre 1917, la radicalisation des violences insurrectionnelles engendre généralement l’autoritarisme, les purges et le sacrifice des libertés individuelles. Plutôt que d’émanciper les citoyens, la révolution violente amorce souvent un cycle de répression et de contre-révolution. Si la violence accompagne parfois les ruptures historiques, ce sont les réformes politiques et l’instauration du droit qui, fondamentalement, assurent le progrès durable.
Ennemis de la démocratie
Vouloir renverser un régime démocratique – garant des libertés individuelles et collectives – relève de l’incohérence politique absolue. L’histoire montre que les révolutions surgissent en opposition aux régimes autoritaires pour conquérir des droits et émanciper les citoyens, mais il est absurde d’instrumentaliser ces acquis pour plonger la société dans le chaos, au risque de favoriser l’autoritarisme. En choisissant la subversion, ces acteurs se positionnent en ennemis directs de la démocratie. Dans un Etat de droit, ce ne sont pas la violence et la rupture, mais le débat et les urnes qui doivent guider le cours de l’histoire.
Conclusion
Face aux dangers qui menacent nos démocraties libérales européennes, il est urgent d’instaurer des remparts institutionnels contre toutes les formes d’hostilité à l’égard de nos libertés et de notre ordre démocratique fondamental. Ces menaces ne proviennent pas seulement de l’intérieur, à travers les courants de l’ultra-gauche et autres mouvements extrémistes; elles résultent également d’attaques incessantes venues de l’extérieur. C’est le cas de la Russie de Poutine et de l’Amérique de Trump, qui encouragent les partis d’extrême droite européens à instaurer des démocraties dites „illibérales“, synonymes de régimes autoritaires et liberticides.
La démocratie est un bien fragile, jamais définitivement acquis. Sans mécanismes pour la défendre, elle risque de s’effondrer, comme le rappellent de nombreux exemples historiques.
* Note: Les émeutiers du 17 octobre 2026 ont explicitement fait référence à la Révolution française de 1789 en scandant: „Louis XVI on l’a décapité, Macron, Macron, on va recommencer“.
Anmerkung
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