Forum de René Kollwelter

Sarkozy: Etat de droit(e) ou mon droit dans l’Etat? Quand un ancien président, condamné par la justice, essaie d’inverser les rôles

Sarkozy: Etat de droit(e) ou mon droit dans l’Etat? Quand un ancien président, condamné par la justice, essaie d’inverser les rôles

Photo: AFP/Bertrand Guay

C’est quand même extraordinaire. Voilà qu’un ancien président de la République (2007-2012), suite à un long procès, est condamné à cinq ans de prison pour „association de malfaiteurs“. Depuis cette condamnation, l’Etat de droit, en France, est malmené, mis à rude épreuve. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase fut, conformément aux dispositions légales actuellement en vigueur, l’incarcération de Sarkozy pour trois semaines à la prison de la Santé (sic), à l’issue d’un procès en première instance. Un vrai tremblement de terre judiciaire et politique, voire médiatique!

Pas aisé de se retrouver dans cet imbroglio. Impossible d’évoquer ici tous les aspects.

Rappelons succinctement le contexte général, et, surtout, les affaires pour lesquelles Sarkozy a déjà été condamné ou va comparaître. La liste est longue.

Sarko, ange ou démon?

D’abord les faits, rien que les faits, ou comme Lénine disait: „Les faits sont têtus.“ Einstein était plus catégorique en disant: „Si les faits ne correspondent pas à la théorie, changez les faits!“ Le CV judiciaire de Sarko, les faits incriminés ou jugés ou en cours de jugement sont impressionnants. Florilège:

1) En 2023 Sarkozy a été condamné définitivement en 3e instance, c.-à-d. par la Cour de cassation, à trois ans de prison, dont un an ferme sous bracelet électronique, et trois ans de privation des droits civiques (peine d’inéligibilité) dans l’affaire appelée Bismuth. En effet Sarkozy, en 2012, a corrompu un magistrat de la Cour de cassation pour qu’il le renseigne, en échange d’un poste de magistrat à Monaco, sur les enquêtes judiciaires en cours le concernant. Il a été condamné pour „corruption et trafic d’influence“.

L’auteur: René Kollwelter est un ancien conseiller communal et ancien député

L’auteur: René Kollwelter est un ancien conseiller communal et ancien député

2) La deuxième affaire est une affaire politico-financière où Sarkozy a masqué, via un système de fausses factures avec Bygmalion, une agence de communication, les dépassements de frais de sa campagne (43 mio. d’euros au lieu de 22,5 mio. autorisés!!) à l’occasion des élections présidentielles de 2012. Il est condamné définitivement, en 3e instance, à un an d’emprisonnement, dont six mois avec sursis. Le jugement définitif de la Cour de cassation est survenu en novembre dernier.

3) La troisième affaire concerne le fait qu’un intermédiaire libyen, Ziad Takieddine a, dans un premier temps, accusé Sarko d’avoir touché des millions de la Libye, en 2007, avant de se rétracter complètement, à la surprise générale. Sarko est soupçonné d’avoir orchestré ce revirement pour une récompense promise de 4 mio. d’euros, il est accusé de „subordination de témoin“. Cette opération est appelée „Sauvez Sarko!“. Jugement en attente! En attendant: présomption d’innocence.

4) Une autre affaire, appelée „Qatargate“, est pendante. Sarko, avec d’autres co-accusés, est visé par une plainte déposée par l’association anticorruption Anticor qui soupçonne l’existence d’un pacte de corruption en lien avec l’attribution controversée, en 2010, à la stupéfaction générale, de la Coupe du monde de foot au Qatar de 2022. La justice française accuse Sarko de „corruption active et passive, blanchiment et recel“. Jugement en attente! En attendant présomption d’innocence.

(Vous suivez toujours, c’est à perdre son latin!)

5) Vient le plat de résistance, l’affaire principale Sarkozy -Kadhafi, appelée affaire des financement libyens de la campagne présidentielle de 2007, qui est directement à l’origine de l’incarcération récente de l’ex-président français. Avant la date évoquée ci-avant, Sarko, déjà ministre de l’Intérieur, préparait sa future candidature aux élections présidentielles. D’après le jugement du tribunal correctionnel de Paris de septembre 2025, Sarko a profité massivement de financements occultes de la part du colonel Kadhafi, le dictateur libyen. Il a été condamné à cinq ans de prison ferme en 1re instance pour avoir sciemment envoyé deux de ses plus proches collaborateurs démarcher la Libye pour négocier, avec un terroriste avéré, Senoussi, (voir plus loin) une „contribution“ secrète de +- 50 millions d’euros (en majeure partie du black!) aux frais de campagne.

Retour d’ascenseur oblige, Sarko a promis à Kadhafi d’œuvrer, une fois élu, à sa réhabilitation, après à une longue période d’isolement, sur la scène internationale. Cet isolement était la conséquence d’un attentat terroriste de l’Etat libyen en 1989, orchestré par un certain Senoussi, beau-frère de Kadhafi, qui a fait exploser en plein vol un avion de la compagnie française UTA, déplorant 180 victimes, dont 54 ressortissants français. Attention: ici on parle de terrorisme d’Etat. Il s’agissait donc de réhabiliter un terroriste, Kadhafi, responsable d’un attentat terroriste monstrueux. Les familles des victimes de l’attentat sont toujours vent debout de voir la mémoire de leurs chers souillée par les agissements des caciques de l’Etat français, Sarko en tête ...

L’ascenseur évoqué plus haut a merveilleusement fonctionné. Sarko, une fois élu, a reçu le dictateur fin 2007 en très grandes pompes à Paris. (Sur des images, dans l’assistance, j’ai même entr’aperçu, quelque peu désabusé, JC, le sage de Capellen).

Précisons encore que Sarko, dans ce dernier dossier, a fait appel de sa condamnation, un nouveau procès va s’ouvrir au printemps 2026.

Opinion publique et aspects juridico-politiques

Alors que l’on aurait, à la limite, accepté que la discussion et les critiques tournent autour d’aspects principalement juridiques, ou sur des aspects purement factuels, qui sont de l’ordre des faits, on a dû déchanter rapidement. Comme disait un journaliste au parfum du dossier: „Le problème sont les faits, pas les juges!“ En effet une tempête média-politique sans pareil s’est mise en marche. Le clan de Sarko, à l’image d’un clan mafieux, s’est attaqué frontalement et systématiquement à la justice dans sa quasi intégralité. Résultat: des menaces de mort pour des magistrats, avec des prises de position les plus incroyables, aussi bien de la part de la majorité de la presse (de droite), de certains „juristes“ (idem), sans parler de nombreux hommes politiques (idem) ... L’Etat de droit, la base de toute démocratie, et dont, pour se pavaner, tout le monde aime se revendiquer ou s’en référer dans de beaux discours, a été malmené, mis en cause, oui, attaqué frontalement.

En ce qui concerne la presse, sachez que depuis quelques années déjà ça bouge drôlement dans ce secteur en France. Un financier milliardaire d’extrême droite du nom de Bolloré, partisan d’un catholicisme identitaire et traditionaliste, a acheté les uns après les autres un certain nombre d’organes de presse, citons, la chaîne TV d’information (en réalité une chaîne d’opinion) C-news, les chaînes Canal+, CStar, C8, Infosport, les radios Europe I et RFM, le Journal du Dimanche, Paris Match, Gala etc. S’y ajoute encore la maison d’édition Fayard, où Sarko publie ses livres, notamment le dernier (voir plus loin). En général on dénonce une „bollorisation des médias“, et forcément des esprits, c.-à-d. un tournant ultraconservateur des lignes éditoriales vers l’extrême droite, après avoir dégoûté ou simplement mis à la porte des journalistes récalcitrants. Cela rappelle un certain Berlusconi qui a fait des ravages du même type en Italie, il y des années. Sauf que Bolloré refuse de descendre dans l’arène politique, se contentant de soutenir tout ce qui est de droite ou d’extrême droite, notamment l’extrémiste de droite Zemmour, reçu il y a peu à Luxembourg par Vladimir K, député de l’ADR. (Eh oui, tout se tient!).

Pour la petite histoire sachez que tout ce beau monde a déclenché une campagne contre les médias publics, France TV et Radio France. But recherché: leur privatisation future et donc la mainmise totale sur la presse.

Alors que la loi empêche les magistrats d’expliquer en public le jugement, le clan Sarko a déclenché une offensive politique et médiatique sans pareil, endossant sans gêne le rôle de la victime „innocente“, parlant de „haine des magistrats“ à son encontre. Cela est contraire à tous les éléments du dossier, mais soutenu publiquement par les diverses personnes ou médias déjà cités. L’espace publique est, après la condamnation de Sarko, le lieu où la perception et le jugement de l’opinion publique se décident. La troisième mi-temps se joue sur ce terrain-là. Par moments cela m’a rappelé les agissements télévisuels de Me Oiseau lors du procès „Bommeleeër“ au Luxembourg, il y a des années. Grande gueule devant les caméras, discret dans le prétoire.

Le journal d’un prisonnier

C’est le titre d’un livre sur le séjour en prison de Sarko, édité chez Fayard (voir plus haut), que le condamné a publié quelques jours après sa sortie de prison. Certes il ne s’agit pas d’un chef d’œuvre littéraire, mais il a fait un tabac en termes de vente en librairie. Ce bouquin doit être considéré comme une arme supplémentaire du clan Sarko dans le combat judiciaire mais surtout médiatique, en attendant notamment le procès en appel, au printemps prochain. Mais c’est également un outil politique et médiatique ayant comme objectif principal de laisser des traces positives dans les futurs livres d’histoire, l’image d’un innocent, pas d’un malfaiteur, pourtant condamné et membre d’une „association de malfaiteurs“ (dixit les juges).

Affaire ou affaires à suivre! Rendez-vous au procès en appel au printemps …

Pour le dessert, quelques citations anciennes de Sarko quand il a voulu, par le passé, jouer au shérif, faire le dur. Quelques-unes lui reviennent, tel un boomerang, en pleine figure aujourd’hui. Florilège:

– „ Quand un individu revient pour la 17e fois devant le tribunal, il doit être puni pour l’ensemble de son œuvre.“

– „Ne serait-il pas plus juste de réserver la prison à la seule punition des crimes et délits ayant porté atteinte à l’intégrité physique de la victime?“ Excuses précoces? Blanc-seing aux gros escrocs? Indulgence vis-à-vis de la délinquance en col blanc?

– „Le patron voyou doit être traité comme un voyou d’en haut de l’échelle.“ Autoflagellation avant la lettre?

– „Les paroles s’envolent, les écrits restent. Je suis outré par la sévérité présumée des juges qui m’ont condamné.“ Pitié!

– „La non-exécution des peines, c’est l’impunité.“ Un auto-goal?

– Et le dernier pour la route: „C’est un choc pour des gens comme nous, nous ne sommes pas faits pour la prison, nous ne sommes pas des animaux!!“ (dixit un ami proche de Sarko, également déjà condamné par la justice …) Quel culot pour dire des énormités pareilles. Immunité pour les escrocs, prison pour les petits délinquants? La belle affaire!

Oui, décidément, quelles affaires à suivre! L’Etat de droit est malmené, attaqué … par les gens d’en haut!! Par ceux-là mêmes qui sont sensés le protéger! Et le tout flaire bon un parfum de „mafia“.

En parallèle, il en va de même avec le droit international … Le Venezuela vous sourit.

Hasard du calendrier?

Anmerkung

Das Tageblatt schätzt den Austausch mit seinen Leserinnen und Lesern und bietet auf dieser Seite Raum für verschiedene Perspektiven. Die auf der Forum-Seite geäußerten Meinungen sollen die gesellschaftliche Diskussion anstoßen, spiegeln jedoch nicht zwangsläufig die Ansichten der Redaktion wider.

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