Forum de Samuel Ruben

Sans vouloir (vous) inquiéter

Sans vouloir (vous) inquiéter

Photo: Editpress/Fabrizio Pizzolante

En comparaison avec le reste du monde, à commencer par ses trois voisins immédiats, le Luxembourg, dont la devise (nous voulons rester ce que nous sommes) sent bon le pays de Cocagne, est un Grand-Duché très riche qui offre – à ses résidents et à plusieurs dizaines de milliers de frontaliers – une confortable dose d’abondance. Il figure ainsi en très bonne place pour ce qui est du développement humain et dispose d’un niveau de protection sociale parmi les plus élevés au monde.

Pourtant, il est de plus en plus évident que „quelque chose“ ne tourne pas rond.

L’optimiste dira qu’il ne s’agit que d’un trou d’air passager comme le pays, habitué à de „rares ruptures“ pour paraphraser Ben Fayot, en a irrégulièrement connu.

Sauf que cette fois, il semblerait que ce soit vraiment différent.

Prenez la croissance économique, cet horizon indépassable – quoiqu’en disent quelques bienheureux en chaussures Veja amateurs de décroissance. Malgré tous les efforts du Gouvernement (baisses – quelque peu fidéistes – d’impôts, discours volontaristes, plans stratégiques en tout genre) pour renforcer les – déjà – excellentes conditions-cadres offertes aux entreprises et aux „talents“, les performances économiques du pays demeurent éloignées de ses standards d’antan. Le Statec a d’ailleurs récemment fait savoir que 2% de croissance annuelle était la „nouvelle normalité“ d’ici à 2030.

De ,simple‘ crise jusqu’à récemment, la question de l’accessibilité au logement s’est transformée en une bombe économique et sociale

Aussi, le Luxembourg, jadis si attractif que des adeptes d’artefact holistique nébuleux arguaient que la croissance était trop riche en création d’emplois, fait désormais face à un sérieux problème de rétention de la main-d’œuvre. Passé totalement inaperçu, car noyé dans des centaines de pages d’un rapport que probablement moins de six personnes ont pris la peine de lire en entier, il a pourtant été révélé que „seulement 44% des résidents ayant une nationalité de l’UE (autre que luxembourgeoise) qui ont commencé à travailler et à vivre au Luxembourg en 2015 y vivaient encore en 2020, tandis que ce chiffre s’élève à 42% pour les ressortissants non-UE résidant au Luxembourg durant la même période“. Certains sont devenus frontaliers, d’autres (plus nombreux ?) ont carrément quitté le marché du travail grand-ducal.

S’agissant de la galère numéro un qu’est le logement, s’il est vrai que le marché immobilier a déjà connu par le passé des années de vaches maigres, des pressions socio-démographiques relativement nouvelles (monoparentalité, ménages unipersonnels, demande de protection internationale et temporaire, etc.) combinées à des prix et des loyers hors du commun ont radicalement changé la donne. De „simple“ crise jusqu’à récemment, la question de l’accessibilité au logement s’est transformée en une bombe économique et sociale. Entre des acteurs de la chaîne du logement en manque de liquidités qui ne savent plus à quels seins se vouer, des réfugiés incapables de se loger en dehors des structures de l’ONA, des promoteurs publics obligés de faire de la publicité en Belgique faute de demande solvable, une fraction de plus en plus réduite de ménages pouvant s’acheter un logement sur le marché libre, un nombre croissant de locataires ayant des fins de mois difficiles à partir du 13 et un „socialisme immobilier“ qui a été tellement loin que des théoriciens de la chose se demandent si prochainement l’État ne va pas oser un „buy one VEFA, get one free“, il ne peut être exclu que le pire reste à venir et qu’il sera sanglant!

Enfin, il y a un malaise „démographique“ croissant. Avec l’explosion qui reste inexpliquée du chômage des Luxembourgeois, la hausse de l’insécurité, la natalité en berne, la hausse de l’immigration en provenance de pays-tiers et la multiplication de manifestations – perçues comme étant – communautaires, le Luxembourg, qui n’a pas toujours été le pays de la pénétration douce qu’il s’imagine être¹, risque de se crisper au sujet des „autres²“.

Aussi, ce n’est sans doute qu’une question de temps et de patience avant qu’un élu, par exemple docteur en physique, rapproche les chiffres contenus dans la réponse à la question parlementaire n°461 de ceux de l’état de la population et balance sur la place publique les taux d’incarcération par nationalité dans les centres pénitentiaires du pays

A cet égard, il est hautement probable que les demandes pour la publication de statistiques articulées autour des origines se multiplieront. Le rapport d’activités de la Police a d’ailleurs déjà commencé à dire les termes en relevant que „depuis plusieurs années, le trafic de stupéfiants sur la voie publique au Luxembourg implique la présence de vendeurs de drogue originaires d’Afrique de l’Ouest, spécialisés dans la vente de cocaïne. Une évolution récente de ce phénomène consiste dans le fait que ces trafiquants résident désormais majoritairement en France, dans la région frontalière avec le Luxembourg, et qu’ils disposent d’une demande d’asile déposée en France“. Aussi, ce n’est sans doute qu’une question de temps et de patience avant qu’un élu, par exemple docteur en physique, rapproche les chiffres contenus dans la réponse à la question parlementaire n°461 de ceux de l’état de la population et balance sur la place publique les taux d’incarcération par nationalité dans les centres pénitentiaires du pays. Assurément, cela donnera lieu à des commentaires pour le moins houleux (et c’est un euphémisme)!

Logement, performances économiques, vivre-ensemble, sécurité, attractivité, mais aussi action climatique et transition énergétique: que faire pour éviter que tout cela ne parte en couilles? Poser la question est une preuve que la question se pose!

1) Cf. Séance de la chambre des Députés du 6 mai 1959; cf. Lettre du 18 février 1972 du ministère de la Justice à la Fédération des industriels; cf. Arrêt de la CJCE du 4 juillet 1991 dans l’affaire ASTI c/ Chambre des Employés privés; cf. Claudio Cicotti (2014), Per un’etimologia del Bier lussemburghese, insulto rivolto all’immigrato Italiano.

2) P.S. Ce ne sont pas seulement les Luxembourgeois, mais aussi les étrangers, qui se crisperaient au sujet des „autres“.

Anmerkung

Das Tageblatt schätzt den Austausch mit seinen Leserinnen und Lesern und bietet auf dieser Seite Raum für verschiedene Perspektiven. Die auf der Forum-Seite geäußerten Meinungen sollen die gesellschaftliche Diskussion anstoßen, spiegeln jedoch nicht zwangsläufig die Ansichten der Redaktion wider.

1 Kommentare
JJ 17.03.202609:32 Uhr

"l'accessibilité au logement" .Un pays qui dispose de quelques 2700 Km2 de surface et qui comptera bientôt 1000 000 d'habitants ne pourra pas offrir le logis à tous. Rien ne va plus sera la devise.

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