Forum de René Kollwelter
Sport et politique, un couple inséparable?
Photo: AFP/Franck Fife
Le sport et la politique continuent de ne pas faire bon ménage. Et cela ne va certainement pas s’arranger de sitôt, car le premier n’est que le reflet de la deuxième. Et les discours sur l’exception sportive et le sport qui rassemblent les peuples et bla bla bla, sont de belles paroles qui meublent peut-être encore les discours au congrès du COSL, mais se dégonflent souvent à la première occasion, une fois mis à l’épreuve. Les récentes péripéties autour des athlètes russes et biélorusses devant participer ce mois-ci aux Jeux paralympiques à Milan ou les discussions autour de la participation de l’équipe de football iranienne à la Coupe du monde du football aux Etats-Unis cet été, mutuellement en guerre depuis quelque temps, en sont la preuve éclatante. L’Iran a certes d’autres priorités actuellement et se pose la question si elle doit jouer au football dans le pays qui est en train de le bombarder sans relâche. Ainsi le président de la Fédération de football iranienne a déclaré récemment: „En raison de cette attaque vicieuse, il est difficile de considérer cette Coupe du monde avec espoir.“ Le président américain, qui (de quel droit?) dicte également les affaires de la Fédération internationale de football (FIFA), vient de déclarer qu’il „n’en avait pas grand-chose à faire“. Il est de notoriété par ailleurs que le président de la FIFA, affairiste véreux et mafieux qui pue également le fric et la corruption, lui a décerné, pour le consoler, un prix de la paix, spécialement taillé sur mesure et devant compenser le fait de ne pas avoir reçu le prix Nobel de la paix en 2025.
A prime abord, „guerre“ et „sport“ paraissent opposés pour des années-lumière, définitivement irréconciliables. Dans l’Antiquité et notamment à Athènes, la „trêve olympique“ consistait à arrêter les hostilités guerrières pendant les Jeux olympiques et assurait des conditions de sécurité et de paix aussi bien aux athlètes qui participaient aux Jeux qu’aux spectateurs. Alors que la guerre est le théâtre de toutes les violences, de la barbarie, du côté sombre de l’humanité, de l’inhumanité féroce dans toute sa terreur, le sport s’enorgueillit, à tort ou à raison, d’être synonyme de valeurs, de règles, d’éthique, de justice, de paix, exactement l’opposé. D’aucuns ont déjà, publiquement, posé la question de savoir si le sport n’est pas une forme de guerre, par d’autres moyens? Et en quoi les deux activités, a priori incomparables, le sont-elles quand même quelque part? Que partagent ces deux activités, quelles sont les limites de la comparaison? Bonnes questions, pourrait-on dire tout en bottant en touche …
Avant d’aborder des dossiers concrets et d’actualité, il est intéressant de puiser dans les livres d’histoire qui regorgent de ce problème. Je vous conseille de vous référer notamment à des intellectuels qui, assez tôt, se sont saisis du problème. Une des figures les plus marquantes dans ce contexte est certainement le célèbre écrivain britannique George Orwell, un des écrivains favoris du soussigné, qui écrivait déjà au milieu du siècle dernier que „le sport est une guerre sans coups de feu“. Il s’était aperçu assez tôt que les rencontres sportives internationales devaient également être considérées comme le prolongement des affrontements géopolitiques entre les Etats, cachant si peu une forme de nationalisme soft qui ne dit pas son nom et qui est contraire aux belles paroles reflétant l’idéalisme des Jeux olympiques modernes. Un des objectifs des pionniers était de favoriser le rapprochement entre les peuples dans une sorte de cessez-le-feu des affrontements géopolitiques entre les Etats, imprégnés de nationalisme plus ou moins exacerbé. Là on est loin des belles paroles du Baron de Coubertin, le père et le rénovateur des Jeux olympiques, qui, au début du siècle dernier, déclamait: „L’important est de participer!“ A force d’être utilisée, cette phrase est vidée de son sens et elle reflète à peine l’esprit des Jeux olympiques et des sportifs d’aujourd’hui. On peut même lui trouver une certaine forme de naïveté.
Guerre et sport: deux faces d’une même médaille?
Mais procédons dans l’ordre. Depuis les scandales russes de dopage mis à jour en 2014, puis l’invasion de l’Ukraine il y a quatre ans, la Russie a été progressivement mise sur la touche par le mouvement olympique, suite principalement à la pression exercée par le monde sportif occidental. Or, depuis quelque temps, pas à pas, discrètement, diplomatiquement mais efficacement la Russie essaie „de revenir dans le match“. On veut se refaire une nouvelle virginité sportive, soft power oblige. Pour faire bref: la dynamique russe enclenchée pour un retour progressif dans le giron olympique et une forme de „normalisation sportive“ est en marche, bien qu’on ne parle pas encore d’une réintégration complète. Mais tôt ou tard la „Realpolitik“ va (re)prendre le dessus. Les paris sont ouverts. Cette démarche discrète sous forme de banalisation peut d’ores et déjà être considérée comme une victoire stratégique pour Poutine, et une défaite pour les valeurs olympiques.
A un horizon proche se pointe un autre problème dans le domaine du football, une fois n’est pas coutume. Pour ceux qui ne sont pas familiarisés avec la „football-sphère“: cet été la Coupe du monde aura lieu en parallèle dans trois pays différents, le Canada, le Mexique et les Etats-Unis. Est qualifiée parmi beaucoup d’autres: la République islamique d’Iran. Ira ou n’ira pas, that’s the question?
Jusque-là tout allait plus ou moins bien. Mais l’intervention militaire des Etats-Unis, fin février en Iran, est venue mettre plus qu’un grain de sable dans le rouage de l’organisation de ce qui est considéré comme le plus grand événement sportif de l’année. La situation est cocasse et inhabituelle. Que se passe-t-il dès lorsque les Etats-Unis, qualifiés directement en tant que pays hôte, et l’Iran qui s’est qualifié sportivement, sont en guerre? A quelques semaines de la compétition, le conflit entre l’Iran et les Etats-Unis pourrait remettre en cause la participation de l’équipe nationale iranienne, d’autant plus que certains matches des Iraniens sont appelés à se disputer sur le territoire américain.
Actuellement, le 10 mars 2026, à quelques semaines de l’échéance, c’est l’imbroglio total. On a l’impression qu’Infantino, déjà un genou à terre, attend la décision de Trump. En 1950, faute de financements ad hoc, l’Ecosse, la Turquie et l’Inde avaient dû renoncer à leur participation à la Coupe du monde au Brésil. A cause de la guerre civile yougoslave au début des années 80, le Danemark avait dû remplacer, pour la compétition de l’EURO (compétition de foot entre pays européens), stante pede, l’ex-Yougoslavie. Aujourd’hui l’Iran, qui a d’autres chats à fouetter, en cas de désistement, risque de perdre 10 millions de dollars comme prime de départ et une grosse amende supplémentaire. La FIFA pourrait également prendre l’initiative de disqualifier l’Iran à cause des bombardements de cette dernière sur plusieurs de ses voisins immédiats. Personne ne songe, bien sûr, à pénaliser les Etats-Unis, pourtant à l’origine du conflit tel qu’il s’est développé et faisant complètement fi du droit international. (Adieu à ce dernier, hélas!)
Au cas où l’Iran refuse de participer de sa propre initiative, certains ont évoqué la possibilité d’inviter un autre pays de la zone asiatique, il est question de l’Irak ou des Emirats arabes unis. En fait, la réglementation de la FIFA n’a pas prévu de dispositions précises pour le cas d’espèce. L’article supposé traiter ces aspects, intitulé „retrait, match non joué, match arrêté et remplacement“, ne prévoit pas de disposition précise pour traiter le problème sous rubrique. Ainsi le président de la FIFA, un bébé-Trump, a donc beaucoup de latitudes pour faire un choix qui sera forcément arbitraire, car certainement imposé par l’Administration américaine. Que dire par ailleurs du fait que les supporters sénégalais, haïtiens, ivoiriens ou iraniens sont interdits de séjour aux Etats-Unis cet été? Qui disait déjà que le sport rapproche les peuples, fussent-ils des supporters, voire des adversaires sportifs?
Le sport et la politique? Nous y sommes en plein!
Comme avec les Etats-Unis d’aujourd’hui la seule certitude est l’incertitude totale, l’incertitude géopolitique règne également à tous les étages. Et la violence et l’arrogance de la politique américaine n’ont plus de limites. A la fin de l’année dernière, Trump, président du pays hôte, a menacé d’envahir le Groenland, depuis il a exfiltré le président du Venezuela pour le mettre en prison à New York, et le 28 février, il commence à bombarder l’Iran. Et maintenant il menace Cuba, pour un délit de sale gueule. Il fait fi de toute réglementation, internationale ou nationale, s’assied sur toutes les organisations internationales qui, en principe, véhiculent des valeurs semblables à celles du mouvement sportif international, il mène une politique migratoire contraire aux droits humains les plus élémentaires (Petit Léon s’en mord les doigts ...). Il est vraiment aux antipodes d’un comportement tant soi peu „sportif“. Sans même parler, problème collatéral, pour la Coupe du monde de cet été, des prix d’entrée pharamineux qui excluent de prime abord les supporters moins aisés, sans parler des tarifs des hébergements qui ont crevé tous les plafonds. Pour la petite histoire: les villes hôtes de la Coupe du monde de football attendent toujours les milliards promis par le gouvernement fédéral pour mettre en place les mesures de sécurité pour l’organisation de cette compétition.
La FIFA, en accordant l’organisation de la Coupe du monde de football aux Etats-Unis, pensait être dispensée des polémiques au sujet des droits de l’homme qui s’étaient fortement imposées au Qatar en 2022, en Russie en 2018, ou, avant, des préoccupations sécuritaires qui s’étaient imposées en Afrique du Sud en 2010 et au Brésil en 2014. (Clin d’œil: votre serviteur a pu vérifier sur place à Cape Town et à Salvador de Bahia …).
Et maintenant? Comme on dit en luxembourgeois: „Domm gaang!“
Conclusion : plus que jamais le sport et la politique sont intimement liés, il existe comme une imbrication entre les deux.
C’est quasi consubstantiel!
Zur Person

René Kollwelter est un ancien député et ancien conseiller d’Etat
Anmerkung
Das Tageblatt schätzt den Austausch mit seinen Leserinnen und Lesern und bietet auf dieser Seite Raum für verschiedene Perspektiven. Die auf der Forum-Seite geäußerten Meinungen sollen die gesellschaftliche Diskussion anstoßen, spiegeln jedoch nicht zwangsläufig die Ansichten der Redaktion wider.