Forum de Daliah Scholl

Qui dit toilettes unisexes, dit uniformisation!

Alors que la situation politique internationale est marquée par des crises majeures, le débat qui agite aujourd’hui notre pays semble se focaliser sur les toilettes scolaires. Dans l’urgence du monde, nous discutons des pipi rooms dans les écoles.

Qui dit toilettes unisexes, dit uniformisation!

Foto: Jens Kalaene/dpa-Zentralbild/dpa

Au nom de la lutte contre les inégalités et de la volonté affichée de promouvoir l’inclusion, la politique nationale s’est donné pour mission de protéger les minorités en instaurant des toilettes unisexes dans les établissements scolaires. Des écoles fréquentées par des enfants de douze ans jusqu’à des adolescents de 19 ans, à une période de la vie particulièrement sensible: celle de la puberté, qui se décline aussi différemment qu’il existe d’individus.

L’objectif de cette généralisation des toilettes unisexes est clair: éradiquer les différences pour éviter toute stigmatisation, éliminer les inégalités par l’uniformisation. Une logique qui n’est pas nouvelle et qui me rappelle une autre époque: celle des uniformes scolaires.

L’autrice Daliah Scholl (DP) est membre du conseil communal d’Esch-sur-Alzette

L’autrice Daliah Scholl (DP) est membre du conseil communal d’Esch-sur-Alzette Foto: Editpress/Julien Garroy

À l’époque, l’uniforme avait pour vocation de gommer les distinctions sociales entre riches et pauvres, afin de réduire les tensions. Mais cette uniformisation a progressivement été abandonnée au profit d’une autre valeur fondamentale: la liberté individuelle. Les uniformes ont disparu pour permettre aux adolescents de s’exprimer, de se construire, d’exister dans leur singularité.

À force de vouloir protéger, le risque est de restreindre; à force d’uniformiser, celui d’appauvrir la diversité humaine que l’école est justement censée accompagner.

Mais allons au bout de la logique actuelle.

Quel uniforme faudrait-il désormais imposer pour garantir une égalité parfaite?

Des robes pour les garçons, afin de déconstruire les stéréotypes?

Des pantalons pour les filles, par souci d’équilibre?

Ou mieux encore: une tunique longue, large, sans taille ni forme, couleur beige administratif, pensée pour ne froisser personne – et surtout pour que plus personne ne se reconnaisse.

Car l’égalité, la vraie, ne serait-elle pas l’effacement total?

Plus de différences, plus de corps, plus d’intimité. Une jeunesse parfaitement lisse, standardisée, interchangeable.

Dès lors, une question s’impose: est-ce réellement le rôle de la politique de s’immiscer dans la forme des toilettes au lycée?

Après avoir légiféré sur la longueur des jupes, la couleur des baskets ou le contenu des cartables, voici venu le temps du grand chantier national: le design des toilettes scolaires. Cabines unisexes, signalétique neutre, vocabulaire aseptisé – tout y passe. Il ne manque plus qu’un décret sur la hauteur des cloisons et l’angle du papier toilette.

L’école n’a-t-elle pas pour vocation ultime d’être un lieu de liberté?

Après avoir supprimé les uniformes pour favoriser l’expression individuelle, sommes-nous en train d’introduire une nouvelle forme d’uniformisation, plus discrète mais tout aussi contraignante, jusque dans les espaces les plus intimes?

En tant que libéraux, nous devrions être particulièrement attentifs à ne pas heurter l’évolution de l’intimité des jeunes – ni pour les uns, ni pour les autres. À force de vouloir protéger, le risque est de restreindre; à force d’uniformiser, celui d’appauvrir la diversité humaine que l’école est justement censée accompagner.

La liberté ne consiste pas à rendre les individus identiques, mais à leur permettre de coexister dans leurs différences

Le mot uni vient du latin unus, „un seul“. Uniformis signifie „qui n’a qu’une seule forme“.

L’uniforme scolaire visait à limiter les différences visibles afin de réduire les inégalités sociales.

Les toilettes unisexes, elles, imposent un espace unique en supprimant la distinction des sexes.

La liberté ne consiste pas à rendre les individus identiques, mais à leur permettre de coexister dans leurs différences. L’égalité, lorsqu’elle oublie la liberté, cesse d’être un principe pour devenir une norme imposée.

Une démocratie libérale se mesure aussi à sa capacité de retenue: savoir jusqu’où l’État peut agir – et où il doit s’arrêter. Car c’est souvent dans les espaces les plus discrets, ceux de l’intimité et du quotidien, que se révèle le véritable respect des libertés individuelles.

Anmerkung

Das Tageblatt schätzt den Austausch mit seinen Leserinnen und Lesern und bietet auf dieser Seite Raum für verschiedene Perspektiven. Die auf der Forum-Seite geäußerten Meinungen sollen die gesellschaftliche Diskussion anstoßen, spiegeln jedoch nicht zwangsläufig die Ansichten der Redaktion wider.

0 Kommentare
Das könnte Sie auch interessieren

Forum

Du projet de loi instaurant la classe d’impôt unique

Forum

Haben die USA den Rubikon überschritten? – Eine Analyse von Gusty Graas

Forum von Dan Kersch

Nachruf auf Marie-Thérèse Sannipoli-Mehling