Forum de Marc Angel

ONU et Europe: deux miroirs d’un même combat

ONU et Europe: deux miroirs d’un même combat

Photo: AFP/Patricia de Melo Moreira

Il est des moments où l’on ne peut plus se contenter de commenter l’actualité. Il faut s’élever légèrement, observer les lignes de force et accepter d’en tirer les conclusions qui dérangent. La situation financière critique que traverse actuellement l’Organisation des Nations Unies, avec un risque de cessation de paiement dès juillet, est de ces moments. Elle n’est pas un accident mais au contraire le résultat d’actions portées à l’encontre du multilatéralisme que l’on connait depuis la fin de la seconde guerre mondiale et sans lequel l’idée même de coopération entre Etats doit être remise en cause.

L’ONU est née d’une intuition simple selon laquelle la paix ne peut être durable sans règles communes, sans institutions capables de créer le dialogue, de promouvoir la culture du compromis et de rééquilibrer les rapports de force. Elle n’a jamais été parfaite. Mais elle a été indispensable. Grâce à elle, des conflits ont été limités, des famines endiguées, la pauvreté dans le monde a été réduite tandis que des vies ont pu être sauvées dans le cadre de la lutte contre le VIH/sida ainsi qu’améliorées au travers de la progression des droits des femmes.

Si l’Europe est aujourd’hui la cible de critiques constantes et de tentatives de division, ce n’est pas en raison de ses faiblesses, mais de son potentiel

Aujourd’hui, cette institution est fragilisée par des choix politiques clairs tels que des contributions nationales non payées et un désengagement stratégique à peine dissimulé. Il faut être conscient que ce ne sont pas des structures abstraites qui sont aujourd’hui menacées mais bien des opérations de maintien de la paix et de prévention des conflits ainsi que des programmes humanitaires qui touchent à la santé, notamment. Autrement dit, tout ce qui empêche l’instabilité mondiale de devenir la norme.

Ce débat concerne directement l’Europe. Car l’Union européenne est, à l’échelle régionale, le miroir de la logique onusienne à l’échelle mondiale. Comme l’ONU, elle est née du refus de la loi du plus fort. Comme l’ONU, elle repose sur le droit, la coopération et la recherche de l’intérêt commun. Comme l’ONU enfin, elle est attaquée parce qu’elle démontre sa capacité au quotidien à générer de la stabilité, non pas par la force mais par l’union.

Si l’Europe est aujourd’hui la cible de critiques constantes et de tentatives de division, ce n’est pas en raison de ses faiblesses, mais de son potentiel. Les grandes puissances n’ignorent pas que l’Union européenne, si elle était pleinement consciente de sa force, pourrait devenir un véritable contrepouvoir. Elles savent aussi que pleinement consciente de sa puissance, l’Europe serait difficile à vassaliser.

S’unir n’est pas un choix moral, c’est une condition d’existence

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ONU et Europe: deux miroirs d’un même combat

Foto: Editpress/Julien Garroy

Marc Angel est questeur du Parlement européen

Pourtant, les faits sont là. L’Europe dispose d’un marché parmi les plus puissants du monde, d’un niveau de vie élevé, d’un niveau d’éducation par habitant inégalé et d’une dette globalement soutenable.

Et c’est précisément son architecture qui se révèle être une force stratégique. L’Europe est avant tout une association d’états qui, ensemble, ont décidé de poursuivre un idéal économique et social commun reposant sur des valeurs fondamentales qui les représentent.

Dire que seuls, nous ne sommes pas capables, n’est pas un aveu d’impuissance. C’est une vérité structurelle du monde moderne. Les nations de taille moyenne ne survivent pas face aux grandes puissances par l’isolement, mais par l’union. Le Premier ministre canadien l’a rappelé récemment: s’unir n’est pas un choix moral, c’est une condition d’existence.

C’est précisément pour cela que le sort de l’ONU et celui de l’Europe sont liés. Affaiblir l’ONU, c’est fragiliser l’idée même que des Etats puissent s’organiser autrement que par la contrainte. C’est saper le modèle européen à la racine.

Si l’ONU devait être mise en défaut, ce ne serait pas seulement un échec administratif. Ce serait un basculement historique. Un monde sans institutions multilatérales crédibles est un monde où les crises se multiplient, où les valeurs deviennent relatives, où la sécurité se paie au prix des plus vulnérables.

L’Europe ne peut pas se le permettre. Elle sait, par son histoire, ce que produit l’absence de règles communes. Elle sait aussi, par son expérience, ce que l’union rend possible.

La sagesse, aujourd’hui, n’est donc pas de regarder ce système se déliter en silence. Elle est de comprendre que le multilatéralisme n’est pas un héritage du passé, mais une condition de notre avenir. Remettre l’ONU au centre du débat, lui donner les moyens d’agir, c’est choisir la responsabilité plutôt que le chaos.

C’est pour l’Europe un acte de pleine conscience consistant à reconnaitre que son propre avenir est en jeu; un acte de lucidité essentiel à sa survie. Elle doit cesser d’être spectateur de son propre destin et devenir l’architecte des règles du jeu international.

Anmerkung

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