Forum de Patrick Dury

Pilotage par objectifs financiers

Pilotage par objectifs financiers

Photo: Editpress/Hervé Montaigu

Le 9 février dernier, l’Union des syndicats OGBL-LCGB a adressé un courrier au Premier ministre afin d’attirer son attention sur une série de dossiers nationaux et européens liés au travail et à l’emploi qui n’ont jusqu’ici pas été abordés par le gouvernement.

En effet, le constat s’impose que les deux dernières années ont été largement perdues, la manière dont le gouvernement a voulu transposer la directive européenne relative à des salaires minimums adéquats dans l’Union européenne et plus particulièrement le projet du plan d’action national pour promouvoir la négociation collective ont conduit à un conflit social majeur avec les organisations syndicales OGBL et LCGB.

L’action du gouvernement n’a pas uniquement ébranlé la base de confiance indispensable entre les partenaires sociaux pour réussir un dialogue social constructif. Le changement de paradigme du gouvernement du „consulter et décider“ a mis fin au modèle social tripartite qui a permis à notre économie, aux entreprises et aux salariés de surmonter les crises successives des dernières décennies.

La politique gouvernementale du ,consulter-décider‘, incompatible avec des négociations tripartites à hauteur égale et avec l’objectif d’atteindre à trois un compromis et un résultat commun, est nuancée par le truisme que ce serait la Chambre des députés qui a son dernier mot à dire et qui décide donc en dernier lieu d’un accord éventuel

L’arrivée du nouveau ministre du Travail a certes contribué à apaiser partiellement la relation avec les organisations syndicales de l’Union des syndicats, notamment grâce à une approche jugée plus constructive et à une grande connaissance de la matière, surtout par rapport à son prédécesseur. Toutefois, l’accord de coalition et la politique menée par ce gouvernement par rapport aux salariés du secteur privé demeurent inchangées.

Zur Person

Pilotage par objectifs financiers

Foto: Editpress/Hervé Montaigu

Patrick Dury est président national du LCGB, coprésident de l’Union des syndicats OGBL-LCGB et vice-président de la CSL

La politique gouvernementale du „consulter-décider“, incompatible avec des négociations tripartites à hauteur égale et avec l’objectif d’atteindre à trois un compromis et un résultat commun, est nuancée par le truisme que ce serait la Chambre des députés qui a son dernier mot à dire et qui décide donc en dernier lieu d’un accord éventuel. Si cela est vrai aujourd’hui, il en a été de même dans le passé mais un accord tripartite négocié et signé a toujours rencontré un large soutien au sein de la Chambre des députés.

La réponse du Premier ministre par voie de la presse (Luxemburger Wort du 13 février) est claire: si le gouvernement luxembourgeois est engagé dans un dialogue social avec les partenaires sociaux sous différentes formes, échanges avec les ministres, entretiens téléphoniques ou à l’occasion de réunions officielles, il s’agit de consultations au moment de la prise de décision.

Cette approche en dit long sur l’état d’esprit et l’honnêteté intellectuelle d’un responsable politique qui s’est fait élire sur base d’un programme électoral avec lequel son parti voulait „renforcer le modèle social“ et le constat que „le modèle actuel [donc le modèle tripartite] est le garant de la paix sociale au Luxembourg“ souligné par une référence aux différentes réunions tripartites du passé.

Il faut s’interroger sur la raison profonde de ce changement de paradigme: pourquoi ce Premier ministre veut absolument incarner une politique qui attaque de front les organisations syndicales représentatives sur le plan national du secteur privé, leur représentativité, les conventions collectives et leur contenu, et finalement les acquis des quelque 500.000 salariés du secteur privé?

Pourquoi ce Premier ministre n’a pas donné un mandat à sa ministre de la Santé et de la Sécurité sociale de négocier avec les partenaires sociaux une réforme des pensions digne de ce nom?

Pourquoi ce Premier ministre risque systématiquement le démantèlement de notre sécurité sociale par un financement inadéquat de notre assurance maladie-maternité et notre assurance pension?

Pourquoi ce Premier ministre tolère un fonctionnement de la ministre de la Santé et de la Sécurité sociale qui a remplacé depuis longtemps le „consulter-décider“ par des décisions ministérielles unilatérales qui veut remplacer le dialogue social par la simple information des partenaires sociaux et le principe d’écarter le plus possible les représentants des salariés des différentes instances de la sécurité sociale, tout cela sur fond d’une infaillibilité de la ministre?

Augmenter les bénéfices en réduisant les impôts et en diminuant les charges

Quelles est la réponse à toutes ces questions? Ou plutôt, où trouver le point commun qui lie ces différentes démarches?

Lorsqu’on tente d’établir une synthèse politique, on vient à la conclusion que nous assistons actuellement à la traduction en politique du principe managérial du pilotage par objectifs financiers. Des objectifs dont le principal but consiste dans l’optimisation du rendement financier du patronat! Augmenter les bénéfices en réduisant les impôts et en diminuant les charges!

Le coût salarial direct et indirect, donc les rémunérations et le niveau des charges sociales, sont clairement dans le collimateur. La politique menée par rapport au secteur privé au cours des deux dernières années en est la preuve. L’organisation du temps de travail et les demandes patronaux pour une flexibilisation à outrance, les discussions actuelles sur une transposition plutôt minimaliste de la directive du travail via une plateforme digitale et le cafouillage récent autour du calcul du niveau adéquat et décent du salaire social minimum sont des autres éléments tangibles où le gouvernement se range du côté patronal et tente de diminuer de façon substantielle le coût du „capital humain“.

C’est évident que dans ce contexte, des revendications syndicales pour renforcer le maintien dans l’emploi, améliorer les dispositions du reclassement des salariés malades et régler les principes et modalités de l’introduction de l’intelligence artificielle dans le monde du travail gênent et sont du point de vue de notre Premier ministre superfétatoires.

La menace d’un échec des négociations pour le renouvellement des conventions entre l’AMMD et la CNS pourrait entraîner des conséquences néfastes pour les assurés. Une augmentation substantielle de la participation des assurés aux frais des prestations de santé n’est que la partie visible de l’iceberg „privatisation de notre assurance maladie-maternité“.

Compte tenu de l’état actuel des choses, nous n’avons plus besoin de déclarations bien intentionnées, mais de solutions réelles et d’avancées concrètes pour les salariés du secteur privé

La prise en otage actuelle des négociations par l’AMMD, qui veut faire passer ses revendications visiblement par tous les moyens à sa portée, démontre clairement que la politique du pilotage par objectifs financiers du Premier ministre n’a pas seulement été bien reçue et comprise par les concernés, mais un „copy-paste“ par les représentants du monde médical est en train de se faire.

Seule exception à cette règle est la politique du gouvernement vis-à-vis de la fonction publique qui – corps électoral oblige – est (pour le moment!) épargnée et peut se targuer de disposer de l’écoute des responsables du gouvernement et, en dernière conséquence, d’un traitement préférentiel par rapport aux salariés du secteur privé.

Sans surprise, l’Union des syndicats est farouchement opposée à une telle politique qui risque très vite de ramener le spectre d’un conflit social majeur dont notre pays n’a nul besoin dans la situation actuelle. La manifestation du 28 juin 2025 a permis à l’Union des syndicats OGBL-LCGB d’éviter les pires excès de la politique visée par le Premier ministre et son gouvernement.

L’Union des syndicats OGBL-LCGB reste néanmoins fortement attachée au dialogue social et à la recherche de solutions. Compte tenu de l’état actuel des choses, nous n’avons plus besoin de déclarations bien intentionnées, mais de solutions réelles et d’avancées concrètes pour les salariés du secteur privé. Confrontée à cette politique au détriment des salariés du secteur privé, l’union des syndicats a connu le succès, la division syndicale entraînera la défaite!

Anmerkung

Das Tageblatt schätzt den Austausch mit seinen Leserinnen und Lesern und bietet auf dieser Seite Raum für verschiedene Perspektiven. Die auf der Forum-Seite geäußerten Meinungen sollen die gesellschaftliche Diskussion anstoßen, spiegeln jedoch nicht zwangsläufig die Ansichten der Redaktion wider.

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