Forum de l’Initiative Freed um Liesen asbl

Encourager la lecture exige plus qu’une interdiction du smartphone

Au Luxembourg, seuls 62 % des élèves de 15 ans atteignent au moins le niveau 2 en compréhension de l’écrit, contre 69 % en moyenne dans l’OCDE. Depuis 2015, la part des lecteurs et lectrices en difficulté a augmenté de 13 points de pourcentage. Le haut de l’échelle n’est guère plus rassurant: 4 % seulement atteignent le niveau 5 ou davantage, contre 6 % dans l’OCDE. Depuis une décennie, la courbe descend.

Encourager la lecture exige plus qu’une interdiction du smartphone

Photo: Michael Brandt/dpa

Les causes sont multiples. Que les écrans captent l’attention et qu’un défilement rapide puisse nuire à l’endurance qu’exige la lecture de textes longs ne fait guère de doute. Restreindre l’usage du smartphone peut contribuer à recréer des espaces de concentration, et nous saluons cette démarche.

Ces mesures ne suffiront cependant pas. Les données PISA montrent que les élèves luxembourgeois déclarent moins souvent que leurs pairs de l’OCDE être distraits par des appareils numériques en classe et qu’ils y passent moins de temps sur ces appareils à des fins de loisirs; en résolution informatique de problèmes, le Luxembourg se situe même au-dessus de la moyenne de l’OCDE. Cela ne dit rien des usages numériques en dehors de l’école, et il reste plausible qu’ils jouent un rôle. Mais ces données montrent que l’explication ne peut se limiter à ce qui se passe dans la salle de classe.

La compétence en lecture se développe par une pratique régulière: par la lecture de textes longs, par la persévérance et l’attention, mais surtout par la curiosité et le plaisir de lire. Dans un entretien accordé à RTL, Luc Weis, directeur du SCRIPT, a expliqué que les jeunes consacrent davantage de temps aux réseaux sociaux, qu’ils lisent plus vite et de façon plus superficielle, et que le nombre d’erreurs d’inattention relevées par PISA en lecture a doublé. Les textes sont survolés plutôt que lus attentivement. Ce problème ne se règle pas par une interdiction; la lecture attentive s’acquiert par la pratique.

Renforcement des compétences

Lire pour l’école et lire par intérêt personnel ne devraient pas s’opposer. Idéalement, l’école parvient à faire découvrir des textes aux enfants et aux adolescents, à éveiller leur curiosité et à leur offrir des expériences de lecture qui dépassent le cadre du cours et de l’examen. Inversement, la lecture librement choisie renforce les compétences qui sont au cœur des apprentissages scolaires.

Lire et raconter des histoires, c’est bien plus que tenir un livre entre les mains: c’est prendre le temps. Du temps les uns pour les autres, parents et enfants, enseignants et élèves, adultes et tout-petits, à l’école comme au foyer, et surtout à la maison, dans un cadre familier. Du temps pour parler et pour échanger. Du temps pour laisser libre cours à l’imagination et regarder au-delà de son propre horizon. Ces moments de calme partagés autour d’une histoire ou d’un poème ne s’oublient pas. Ils sont un bienfait pour le développement de l’enfant et de l’adolescent, et pas seulement pour eux: les adultes y gagnent aussi.

La promotion de la lecture est aussi une question d’égalité des chances. Luc Weis a d’ailleurs rappelé que les enfants à qui l’on fait la lecture à la maison obtiennent de bien meilleurs résultats, et que les résultats sont meilleurs dans l’enseignement secondaire classique que dans l’enseignement secondaire général. Laisser la promotion de la lecture au seul milieu familial revient à creuser les écarts que l’on prétend combler. Elle ne saurait dépendre du bagage qu’un enfant apporte de chez lui.

Une responsabilité collective

S’ajoute une particularité luxembourgeoise: 78% des élèves testés parlent à la maison une autre langue que celle dans laquelle ils ont passé l’épreuve PISA. Cette réalité doit être prise en compte dans toute interprétation des résultats. Elle montre en même temps à quel point la promotion de la lecture importe dans un pays où beaucoup d’enfants lisent et apprennent dans d’autres langues que celle parlée au foyer.

Promouvoir la lecture est une responsabilité collective. L’école ne peut la porter seule. Familles, bibliothèques, librairies, institutions culturelles, médias et associations doivent créer ensemble les conditions pour que la lecture fasse naturellement partie du quotidien: en donnant accès à des livres dans les différentes langues qui font partie de la vie des enfants et des jeunes, en leur faisant la lecture dès le plus jeune âge, en ménageant du temps et des occasions de lire qui ne réduisent pas la lecture à un exercice obligatoire.

Le plan d’action annoncé en faveur de la lecture va donc dans la bonne direction. L’essentiel sera de le déployer réellement à l’échelle de toute la société. Freed um Liesen mettra volontiers au service de cette démarche son expérience de trois décennies de promotion de la lecture.

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