En concert au „Gudde Wëllen“
Interview avec le groupe luxembourgeois Ultraworld et sa musique électro dark
Le nom Ultraworld pourrait être la fusion entre un album de Depeche Mode („Ultra“, 1997) et le combo techno-house Underworld de Karl Hyde et Rick Smith. Mais non, il s’agit là d’un groupe luxembourgeois qui, depuis un mois, délivre une musique électro dark, indus et tranchante, comme débarqué de nulle part. Il fait son premier concert samedi au „De Gudde Wëllen“. D’où vient-il? Que veut-il? Où va-t-il? Lumière dans le noir.
A découvrir au „Gudde Wëllen“: le groupe Ultraworld Photo: Exylium
Tageblatt: Il n’y a pas d’informations sur Underworld et très peu de matière sonore. Qui êtes-vous?
Ultraworld: Avant Underworld, il y avait The X ...
Ah, vous êtes la suite de The X?!
On peut dire ça comme ça! Quand les groupes changent de noms, en général ils l’annoncent et puis ils expliquent pourquoi. Nous, ce qu’on a fait, c’est très simple: lors du Nouvel An, à minuit, on a juste changé le nom, sans rien dire à personne.
Voilà: tout s’explique!
Ultraworld, c’est une expérimentation: ceux qui connaissent l’esthétique du clip de notre morceau „Irresistible“ savaient que c’étaient nous et en même temps on a fait découvrir un projet sous un nouvel alias. Est-ce que les gens voient que c’est „la suite“ de The X, à savoir Sarah Kertz et moi, Yacko, ou est-ce qu’ils se disent que le groupe sort de nulle part? En réalité, il y en a pas mal qui n’ont pas percuté, et c’est cool; ça fait partie du jeu expérimental. Sur Instagram, on a gardé la même page, mais on a tout effacé. The X, c’est du passé. C’est la première fois que des radios ou des journaux nous contactent pour savoir d’où l’on vient. La représentation visuelle et les bribes sonores déclenchent des curiosités; il y a du mystère autour d’Ultraworld.
C’est un peu à double tranchant: d’un côté, les médias et les salles de concerts vont plus facilement vers un groupe qui a sorti des disques, parce qu’il a de l’expérience et un public; et en même temps, un nouveau projet, c’est excitant.
L’avantage pour un réalisateur, c’est que chacun de ses films a un nouveau nom, voire un nouveau monde. A la base, on voulait appeler notre album „ Ultraworld “ et finalement on s’est dit qu’on allait le prendre pour le groupe. En plus The X, ce n’était pas très avantageux quand on tapait le nom sur Google. Et puis Elon Musk a changé Twitter en X ...
Il y a aussi le groupe The XX ...
Un groupe post-punk néerlandais s’appelle The Ex et d’autres encore ont un nom qui ressemble. C’est difficile d’en trouver un qui n’existe pas dans ce monde où il y a trois-cent millions de groupes. Pour nous, c’est bien de pouvoir tout changer et de plonger dans une vibration plus profondément et plus radicalement: ce n’est pas pour cette raison qu’on a changé le nom, mais maintenant qu’on l’a changé, c’est tout à fait logique.
C’est vrai qu’un film a un titre différent, mais il y a l’équivalent en musique: c’est le nom de l’album. La personne qui met en scène est derrière la caméra, elle n’est pas visible et, d’un autre côté, c’est elle qui porte le film. Le fait de pouvoir identifier une réalisatrice ou un réalisateur à partir d’un plan ou d’une séquence, ça prouve sa singularité, son identité.
Oui, c’est toujours le réalisateur ou la réalisatrice qui est le nom porteur du projet. Nous, même si on a changé, je pense que notre „plume“ est identifiable. Avant, on testait des sons électro-punk ... En tant qu’artiste, on est toujours à la recherche d’une identité sonore; il nous fallait du temps pour savoir vraiment ce qu’on avait envie de faire et ce qui allait refléter ce qu’on était. Là tout est devenu plus sombre et industriel. On a un batteur live fixe, c’est Laurent Kessel, ce qui a changé la façon dont on réfléchit en studio; on essaye d’être électro, mais il faut qu’on pense à ce que ça va donner sur scène. On n’est plus enfermés dans un beat; on a plus de liberté, ça respire un peu plus, même si ça sonne encore électro-punk-industriel comme dans un bunker abandonné. Aussi, en termes de paroles, avant c’était un peu moins sociocritique que maintenant. On ne voulait pas, à la base, être un groupe politique, mais je me suis rendu compte qu’en écrivant, à la fin, on n’y échappe pas. Avec tout ce qui est en train de se passer, les gens ont vraiment besoin de ça. On va pas appeler à la révolution, mais on dit des choses que des gens pensent, parce qu’on est énervés; on l’était déjà, mais vu la situation actuelle, disons que même quelqu’un qui refuse de voir le monde en face peut réaliser qu’on est dans la merde.
Un groupe mystérieux ... Photo: Exylium
Si Ultraworld est la suite de The X, dans quelle filiation musicale s’inscrit-il?
Boy Harsher, pour la vibe et la noirceur; Marilyn Manson, pour le rock, avec la batterie et les synthés saturés; Nine Inch Nails, qui était déjà une référence pour The X. Des groupes Dark Wave récents comme Pixel Grip, mais aussi de l’EBM, de la techno ...
Avant que l’oreille soit attirée, c’est l’oeil qui peut être sollicité: qu’en est-il de l’artwork?
Pour les prochains clips, on a déjà le style visuel; le design a changé, il est plus cryptique. On a créé un logo et, dans chaque teaser, on le voit; c’est important qu’il y en ait un, comme une identité qui représente le groupe, qui s’imprègne dans la tête, histoire qu’on sache à quoi il renvoie. C’est dur là aussi de sortir du lot, donc on passe du temps à réfléchir à ce qu’on veut donner. Et en même temps on s’est dit qu’il ne fallait plus penser à ce que les gens pensent, pour mieux faire ce qu’on a vraiment envie de faire. Avec The X, on songeait parfois trop au regard des autres, alors que là, non, on va d’abord vers ce qui nous plaît, ce qu’on a envie de voir et d’écouter.
A quoi peut s‘attendre le public ce soir? Photo: Exylium
Ce soir, c’est le premier concert donc en tant qu’Ultraworld. Vous avez beaucoup de morceaux en stock?
On est productifs. Au-delà d’une période précise, on se voit souvent et on finit par écrire des morceaux. On ne joue jamais le même set deux fois. Depuis que le groupe existe, on a toujours mis des nouvelles compositions, parce que c’est important que l’effet de surprise soit là pour l’audience, mais aussi pour nous. Chez les autres groupes dans lesquels je joue, l’album s’écrit et s’enregistre en quelques mois, mais une fois que c’est fini, il se peut qu’on soit ailleurs dans notre tête, et ça ne donne pas la même énergie de jouer les mêmes morceaux sur scène pendant deux ans. Je ne dis pas que c’est mauvais, mais, pour The X comme pour Ultraworld, l’énergie est essentielle. On écrit parfois un morceau deux jours avant, juste pour voir comment la sauce prend. Ce soir, il y aura peut-être deux-trois titres de l’ancien set ... Mais le reste, c’est de l’inédit.