France

Lecornu cherche toujours à sortir de l’impasse budgétaire

Le débat parlementaire sur le budget, dont une „loi spéciale“ avait permis de reporter la suite (et en principe la conclusion) au-delà de la fin de l’année 2025 faute d’un accord possible dans l’immédiat, a repris dans des conditions guère plus encourageantes que celles qui avaient conduit à sa suspension.

Premier ministre Sébastien Lecornu mit Gérard Larcher und Yaël Braun-Pivet bei der schwierigen Winter-Rentrée in Frankreich

La rentrée d’hiver ne sera pas facile pour le premier ministre français Sébastien Lecornu (m.), ici avec Gérard Larcher, président du Sénat, et la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet Photo: AFP/Bertrand Guay

Sébastien Lecornu, cherche désespérément une issue, d’autant plus qu’il est aussi en butte à une motion de censure des deux extrêmes, RN et LFI, contre l’accord entre l’UE et le Mercosur. Celle-ci a peu de chances d’aboutir, même si certains députés LR n’excluraient pas de s’y rallier. Mais la position du gouvernement reste fort précaire sur le front budgétaire, les négociations entre partisans et adversaires du projet de loi de finances pour 2026 ayant échoué dimanche en commission. De sorte que le premier ministre a brandi la menace de ce qu’il considère comme une arme de dissuasion massive: une nouvelle dissolution de l’Assemblée et la convocation de nouvelles élections législatives en même temps que les municipales de mars.

Deux initiatives qui, au demeurant, appartiennent constitutionnellement au seul président de la République, lequel ne semble pas avoir gardé un souvenir exaltant de la dissolution qu’il avait prononcée en juin 2024, et dont est issue le chaos politique d’aujourd’hui. Ses propres supporters ne cachent pas leur incompréhension, quand ce n’est pas leur colère, à l’égard d’une telle perspective, qui n’est certes encore qu’une menace (le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, a tout de même été chargé d’en examiner la faisabilité technique), mais dont, si celle-ci était mise à exécution, ils pourraient bien sortir laminés. Et, au contraire, le Rassemblement national plus triomphant que jamais.

En fait, beaucoup de députés modérés, non pas seulement macronistes mais aussi socialistes, préfèreraient que le premier ministre mette en œuvre, si vraiment il se confirmait qu’il n’y a aucun vote parlementaire possible sur le budget, ce fameux article 49-3 de la Constitution qui permettrait au gouvernement, en engageant sa responsabilité sur le texte, de tenter de le sauver puisqu’il faudrait alors, pour qu’il soit refusé, qu’une majorité d’élus votent la censure – ce à quoi il est possible qu’une majorité d’entre eux, au contraire, se refusent pour ne pas sembler jouer à la fois le blocage et la politique du pire. Le problème serait certes renvoyé à la rentrée d’automne, mais du moins la France aurait, d’ici là, un budget.

Le problème est que Sébastien Lecornu avait fièrement annoncé, en septembre dernier, qu’il renoncerait à recourir à cette procédure, afin de laisser le Parlement s’exprimer pleinement, sans avoir sur la tête cette épée de Damoclès. Aujourd’hui, c’est celle du gouvernement que cette mythique épée menace, alors même que ces demandes de 49-3 proviennent aussi, pour une part, de députés de l’opposition modérée, qui mesurent à quel point la situation présente fait des ravages dans l’opinion, jusque dans leur propre électorat.

Hollande: „Cela n’a aucun sens!“

Quant à la menace de nouvelles élections législatives, elle vise principalement les deux partis qui auraient sans doute le plus à y perdre, outre la coalition macroniste: le PS et Les Républicains. Les deux formations ne sont d’ailleurs pas arc-boutées dans une opposition systématique et absolue au texte gouvernemental, déjà si copieusement (et parfois contradictoirement) amendé durant la session parlementaire d’automne.

Les socialistes, en particulier, font valoir qu’il suffirait de quelques gestes supplémentaires de M. Lecornu, en alourdissant encore un peu la fiscalité des grandes entreprises, par exemple, pour qu’ils se replient sur une abstention qui pourrait suffire à sauver le projet du gouvernement. Sans gloire, ni pour les uns ni pour les autres, mais en mettant tout de même un terme à une crise qui, depuis des mois, paralyse la France à travers ses finances, en un moment où l’ambiance nationale et mondiale n’est pas précisément à l’insouciance. Et Xavier Bertrand, président LR de la région des Hauts-de-France, de s’indigner: „Instrumentaliser ainsi la menace d’une dissolution pour faire peur à des groupes parlementaires inquiets de leur survie politique n’est ni digne des fonctions exercées ni conforme à l’esprit de nos institutions.“

Mais c’est surtout la possible juxtaposition des scrutins législatif et municipal qui fait bondir beaucoup d’élus. Ainsi l’ancien premier ministre Michel Barnier, LR lui aussi, pour qui „cette option prendrait en otage l’élection des maires, au risque d’affaiblir ce rare moment de vraie démocratie, à un échelon où l’on est capable de s’entendre entre élus qui ne pensent pas toujours la même chose“. Or, ajoute-t-il, „ce débat municipal est démocratiquement très important, car c’est celui de la proximité, à mille lieues des divisions nationales“. Quant à l’ancien président socialiste François Hollande, il a déclaré: „Le rôle d’un premier ministre, c’est quand même de mettre un peu de stabilité là où il y a de l’inquiétude. Ce n’est pas ainsi qu’il faut procéder, cela n’a aucun sens.“

Bref, pour sa rentrée d’hiver, Sébastien Lecornu cherche encore, à l’évidence, la formule magique – ou au moins, à défaut, la bonne idée – qui lui permettra de sortir de cet imbroglio politique.

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