France

Le projet pré-électoral du PS propose de tourner la page de la social-démocratie

Le PS vient de publier un ensemble de projets de mesures, d’importance diverse mais qui couvrent à peu près tous les domaines de l’action politique. Après discussion en interne, ce texte devrait constituer l’essentiel de son programme présidentiel. Et bien sûr législatif, au cas très vraisemblable où le nouveau chef de l’Etat désigné au printemps 2027 choisirait, dans la foulée de son élection, de dissoudre l’Assemblée.

Chloé Ridel präsentiert das prä-elektorale Projekt des PS bei einer Pressekonferenz zur Europawahl

La coordinatrice du programme du PS et eurodéputée Chloé Ridel a présenté le projet pré-électoral du parti la semaine dernière Photo: Stéphane de Sakutin/AFP

Il s’agit là du résultat d’une bonne année de réflexion discrète mais studieuse, pilotée par l’eurodéputée Chloé Ridel, proche du premier secrétaire du parti Olivier Faure. Ce texte de 144 pages, qui ne comporte pas moins de 600 propositions, va être soumis à la réflexion des militants, puis, avec les amendements qu’ils auront souhaité déposer, à leur vote avant le début de l’été.

Naturellement, la direction socialiste n’imagine pas qu’il puisse être ensuite adopté tel quel par les autres formations de gauche. Ce serait bien invraisemblable, surtout s’agissant de La France Insoumise et son leader Jean-Luc Mélenchon, qui se con-sidèrent comme les représentants les plus puissants de la gauche. En mineur, cela n’aurait guère de chance d’arriver non plus pour les Verts et les Communistes, qui entendent d’autant plus faire entendre leur voix spécifique qu’ils pourraient bien avoir leurs propres candidats dans la course à l’Elysée; et, bien entendu, dans les circonscriptions, à l’occasion des législatives. Mais le PS n’en poursuit pas moins, en publiant ainsi ses propositions un an avant l’élection présidentielle, trois objectifs stratégiques.

Le premier est tout simplement qu’après un semestre de demi-léthargie, durant lequel il sembla d’abord tout proche de LFI, puis voler au contraire au secours du gouvernement Lecornu en ne s’opposant finalement pas, à l’Assemblée, à son projet de budget, pour ne pas passer dans l’opinion pour un adepte de la politique du pire, il avait besoin de marquer avec un certain éclat qu’il existait toujours. D’autant plus qu’existait une base programmatique dormant dans un tiroir du parti, mais qui avait une certaine cohérence: celle qu’avait élaborée pour les législatives-surprise de 2024 l’actuel président du groupe PS au Palais-Bourbon, Boris Vallaud. Lequel a, pour la circonstance, repris sa copie, en l’enrichissant, et sans doute aussi en la mettant au goût du jour.

Confirmer son propre existence

Second objectif: il s’agissait aussi de répondre à une critique souvent entendue contre les Socialistes. Lesquels étaient accusés, tant par leurs adversaires de droite que par leurs partenaires de gauche, de s’abandonner à leur passion pour la tactique politi-cienne, y compris pour régler certains conflits internes plutôt que de réfléchir aux questions de programme. Des sujets de réflexion plus austères, et plus exigeants, mais dont l’absence au moins apparente les faisait manquer de vrai „corpus“ idéologique. L’étiquette PS avait tendance à devenir une marque, qui, certes, avait encore ses fidèles, mais qui en disait de moins en moins sur ce qu’il y avait à l’intérieur du paquet.

Enfin, il s’agissait aussi, pour le parti, d’afficher ou de confirmer son existence propre par rapport à LFI, à la remorque de laquelle on l’avait beaucoup accusé de se trouver, ou retrouver, à l’occasion des récentes élections municipales. Et de le faire au moment où les sondages s’accordent à présager un second tour de la présidentielle où seul Jean-Luc Mélenchon serait en mesure, à gauche, de faire face à Jordan Bardella ou Marine Le Pen. De ce point de vue, le fait de donner enfin une existence publique aux réflexions de fond qu’il avait nourries cette dernière année, malgré une actualité parlementaire qui accaparait toute la classe politique, ne pouvait mieux tomber.

Présidentielle: François Hollande „se prépare“

Le problème, cependant, est qu’un certain nombre de mesures de cet avant-programme socialiste semblent reprendre certaines idées chères à LFI, plus que chercher à fédérer la gauche modérée. Ainsi de l’établissement de la „taxe Zucman“ sur les hauts patrimoines, ainsi que d’autres nouvelles taxes, la limitation de l’écart des rémunérations au sein des entreprises, une augmentation immédiate du SMIC (salaire minimum interprofessionnel de croissance), quelques nouvelles nationalisations, ou encore l’abrogation définitive de la réforme des retraites. D’une manière générale d’ailleurs, les auteurs de ce projet n’abordent pas vraiment deux sujets qui préoccupent pourtant l’opinion actuellement: l’endettement abyssal de la France, et l’immigration. Même si, sur l’insécurité, ils proposent la généralisation des „polices de proximité“.

Mais que dire, dans ce manifeste „pour un nouveau socialisme du XXIe siècle“, selon la formule employée, de cet adieu explicite à la social-démocratie, jugée „obsolète“? La formule a fait bondir François Hollande. Et en l’occurrence, l’ancien locataire de l’Elysée – qui dit „se préparer“ dans la perspective de l’élection présidentielle de l’an prochain – pourrait bien être le porte-parole de millions de Français pour qui la social-démocratie reste au contraire l’avenir le plus souhaitable et le plus réaliste de ce „socialisme du XXIe siècle“ auquel fait référence ce projet du PS.

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