Présidentielles en France

Le choix des candidats s’annonce difficile

On l‘avait prédit avant les deux tours des élections municipales des 15 et 22 mars, et on peut le vérifier après: les résultats de ce double scrutin comportent, pour tous les partis politiques, des enseignements auxquels la proximité relative – d’ici guère plus d‘un an – de l‘élection présidentielle donne évidemment un relief tout particulier.

Chez les Verts, on prête à Marine Tondelier, dont la stratégie d’union avec LFI est de plus en plus contestée, ce constat peu optimiste: „Si on continue, on va disparaître!“

Chez les Verts, on prête à Marine Tondelier, dont la stratégie d’union avec LFI est de plus en plus contestée, ce constat peu optimiste: „Si on continue, on va disparaître!“ Photo: AFP/Sameer Al-Doumy

C’est particulièrement vrai pour la gauche, qui se retrouve fracturée par le rapport de ses différentes composantes avec La France insoumise, et surtout son chef, Jean-Luc Mélenchon. Il est vrai que l’on aura assisté à cet égard, en une quinzaine de jours, à un singulier ballet. Dans un premier temps, les dérapages antisémites à répétition de ce dernier, s’ajoutant au meurtre d’un jeune militant nationaliste par cette sorte de milice privée de LFI qu’est le mouvement La Jeune Garde, jamais désavoué, bien au contraire, par M. Mélenchon, avaient provoqué un désaveu formel de la direction socialiste, son premier secrétaire Olivier Faure en tête.

Mais bien vite, et tous comptes électoraux faits et refaits, le même M. Faure admettait au contraire la nécessité de procéder localement à des accord avec les Insoumis „là où cela permettrait de faire échec à la droite“. Ce qui fut fait dans bien des communes, soit dès avant le premier tour, soit en vue du second – on parla alors de „fusions techniques“, ce qui voulait dire que l’on mettait sur une même liste des candidats qui, s’ils étaient élus ensemble, reprendraient leurs escarmouches sitôt installés à la mairie.

Or, qu’allait-il advenir au second tour? Dans l’ensemble, et selon la formule employée par plusieurs personnalités socialistes, la présence des mélenchonistes, loin d’aider la gauche modérée, constitua pour elle „un boulet“. Faisant basculer à droite des bastions de gauche comme Clermont-Ferrand, Besançon, Brest, Limoges, Poitiers, Clichy … Au total, 17 fusions avaient été scellées entre des listes socialistes, écologistes ou communistes et LFI pour le second tour, et elles se sont soldées dans les deux tiers des cas par des échecs parfois cuisants.

Mélenchon, le problème de la gauche

A quoi il faut ajouter, ce qui est perçu comme plus éclairant encore pour l’avenir, le cas des deux premières villes de France, Paris et Marseille, où la gauche a gagné sans (voire contre) LFI, comme dans sept autres grandes ou moyennes communes de l’Hexagone. Ce qui, ces derniers jours, a conforté nombre de dirigeants du PS – qui l’ont exprimé ouvertement à M. Faure cette semaine lors d’une réunion de la direction du parti – dans l’idée que décidément, M. Mélenchon était infréquentable, non seulement pour des raisons morales, mais aussi politiques. Et qu’il ne pouvait donc, contrairement à ce qu’il espère lui-même à l’évidence, être le candidat de la gauche républicaine à la présidentielle de 2027.

Le problème étant que, selon toute vraisemblance, il se présentera tout de même, pour la quatrième fois et contre vents et marées. Sans grandes chances d’être élu à l’Elysée, certes, malgré la progression de sa formation dans certaines banlieues des grandes villes, notamment celles où abonde cette population d’origine immigrée qu’il cultive si méthodiquement, mais avec encore suffisamment de pouvoir d’attraction pour ruiner les chances d’un candidat socialiste.

Ou écologiste: chez les Verts, on prête à Marine Tondelier, dont la stratégie d’union avec LFI est de plus en plus contestée, ce constat peu optimiste: „Si on continue, on va disparaître!“ Il faut dire que la perte de deux fleurons de son parti dimanche dernier, Bordeaux et Strasbourg, malgré son maintien à Lyon, a porté un rude coup à son moral.

La droite non plus n’a pas le sourire

Tout cela pourrait redonner le sourire à la droite modérée, qui, ces temps derniers, semblait ne plus trop savoir où elle habite. Or, il n’en est rien, et cela pour deux raisons au moins. La première est la poussée du Rassemblement national aux municipales; poussée qui, sans atteindre les sommets évoqués dans les discours hyperboliques de ses dirigeants, en particulier son jeune président Jordan Bardella, donne tout de même au RN, avec des dizaines de mairies conquises parmi les villes petites et moyennes, une assise locale qui lui manquait beaucoup jusque là et qui peut compter dans une campagne présidentielle.

Second souci pour LR et ses alliés potentiels: encore et toujours les rivalités internes. En particulier du côté d’Horizons, avec Edouard Philippe réélu au Havre, ce dont il faisait un préalable à sa candidature élyséenne, et de Renaissance, où Gabriel Attal, autre ancien premier ministre de Macron, ne cache pas, lui non plus, ses ambitions. Cependant que Bruno Retailleau, pour les Républicains, a déjà officialisé sa candidature, et que Laurent Wauquiez – pour calmer le jeu, ou plutôt avec, derrière la tête, une idée assez facile à deviner? – appelle à une candidature unique de la droite, „d’Edouard Philippe à Sarah Knafo“, venue de l’extrême droite …

C’est dire que, bien loin des conseils municipaux, les états-majors ont aussitôt embrayé sur le scrutin suivant, d’une tout autre ampleur. De la „bataille des maires“ à la „mère des batailles“, une nouvelle partie s’engage, qui va durer plus d’une année durant laquelle la France risque de ne guère avancer dans la résolution de ses problèmes budgétaires et autres.

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