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La protection des enfants n’attend pas

La protection des enfants n’attend pas

Foto: dpa/Marcus Brandt

Cette semaine, le Parlement européen vote sur un sujet qui devrait tous nous réunir, au-delà des familles politiques: la protection de nos enfants sur Internet. Pour comprendre l’enjeu, il faut revenir brièvement en arrière. Le Parlement européen avait voté un règlement provisoire – une solution transitoire, dans l’attente de la législation définitive, encore en cours de négociation. Ce règlement permettait aux plateformes d’agir de manière volontaire: identifier les images d’abus sexuels d’enfants sur leurs plateformes, les signaler aux autorités et les retirer. Volontaire – personne n’était contraint à rien. Mais ce règlement provisoire a expiré le 3 avril. Depuis, il n’existe plus de base légale. Il y a aujourd’hui un vide juridique – et les enfants sont aujourd’hui moins bien protégés qu’il y a trois mois. Cette semaine, nous pouvons combler ce vide. Et je veux expliquer pourquoi c’est si important – car autour de ce dossier règne beaucoup de confusion, et parfois, il faut le dire, de la désinformation.

Comment les enfants sont exposés

Il faut d’abord comprendre comment cela se passe concrètement. Nos enfants vivent en ligne. Ils jouent en ligne, ils discutent en ligne, ils se font des amis en ligne. C’est leur monde – et en soi, ce n’est pas un mal. Le problème, c’est que les prédateurs le savent. Et c’est exactement là qu’ils vont chercher les enfants: dans les jeux vidéo, sur les réseaux sociaux, dans les messageries.

Cela commence presque toujours de la même façon. Quelqu’un aborde l’enfant en se faisant passer pour un autre jeune. Un garçon de treize ans, une fille de quatorze ans. On parle du jeu, de musique, de l’école. La confiance s’installe – sur des jours, parfois des semaines. C’est un travail patient, méthodique. Puis, un jour, vient la demande: „Envoie-moi une photo de toi.“ Une seule.

Et à partir de ce moment, tout bascule. Parce que la demande suivante arrive avec une menace: „Si tu ne m’envoies pas d’autres images, je montre celle-ci à ta mère et à ton père. A ton école. A tous tes contacts.“ C’est ce qu’on appelle la sextorsion. L’enfant est pris au piège. Il a honte, il a peur, il n’ose pas en parler à ses parents. Il est seul, face à un adulte qui le fait chanter. Et je dois le dire, parce que c’est la réalité: certains de ces enfants ne s’en sortent pas. Il y a eu des drames. Voilà ce qui se cache derrière les statistiques.

L’ampleur – et ce que l’intelligence artificielle change

Et tout cela se propage comme une peste. Regardez les chiffres: en 2010, il y avait environ cent mille signalements d’abus sexuels d’enfants dans le monde. Aujourd’hui: plus de vingt millions par an. Deux cents fois plus, en quinze ans. Et les signalements de grooming en ligne – exactement ce que je viens de décrire – ont plus que triplé rien qu’au cours des trois dernières années. Ce n’est pas un phénomène marginal – c’est une industrie criminelle qui explose.

Et maintenant, l’intelligence artificielle est en train de tout aggraver encore. On peut aujourd’hui générer des vidéos d’abus par ordinateur. L’Internet Watch Foundation, l’organisation britannique qui identifie ce matériel, a trouvé exactement treize vidéos IA de ce type en 2024. En 2025: plus de trois mille quatre cents. En une seule année. Certains se disent peut-être: „Si c’est artificiel, au moins il n’y a pas de victime.“ C’est une erreur profonde. Ces vidéos sont construites à partir d’images réelles, d’abus réels, de victimes réelles. Souvent, on reconnaît l’enfant – son visage, le visage d’une vraie victime, réutilisé encore et encore dans des contenus nouveaux. Et je dois le dire: ces vidéos sont souvent d’une extrême brutalité – deux tiers d’entre elles relèvent de la catégorie de gravité la plus élevée. Je n’entre pas dans les détails – mais les personnes qui doivent analyser ce matériel chaque jour nous le disent: c’est de pire en pire. Imaginez ce que cela signifie: pour ces enfants, devenus adolescents, devenus adultes, l’abus ne s’arrête jamais. Il est régénéré, démultiplié, jour après jour.

Sur le terme „Chat Control“

C’est dans ce contexte que le Parlement vote cette semaine. Et là, je veux être très claire. Certains qualifient cette législation de „Chat Control“ – le contrôle de vos conversations. Je le dis posément: pour une législation dont le but est de protéger des enfants de la pédocriminalité, ce terme est pire qu’un mensonge par omission. Il fait croire aux citoyens que l’Europe veut lire leurs messages, surveiller leurs conversations privées. C’est faux. Et cette peur fabriquée a déjà eu une conséquence bien réelle: le vide juridique dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui.

J’étais récemment au Royaume-Uni avec une délégation du Parlement européen. Là-bas, la lutte contre ce matériel est un sujet central, bien au-delà des partis. Et vous savez quoi? Nos collègues britanniques ne comprenaient tout simplement pas sur quoi nous nous disputons en Europe. Pour eux, c’était une évidence: bien sûr que ce matériel doit être trouvé et retiré.

Et il n’y a pas que le Royaume-Uni. On laisse parfois croire aux gens que l’Europe serait la seule à vouloir réglementer et que partout ailleurs régnerait la liberté totale. C’est le contraire: aux Etats-Unis, les plateformes sont légalement obligées de signaler ce matériel – et il y a deux ans, cette obligation a même été étendue au grooming et au trafic d’enfants. Donc encore une fois, très clairement: pendant que d’autres renforcent l’obligation, nous débattons ici de savoir si nous permettons encore aux plateformes d’agir volontairement. Cela devrait nous faire réfléchir.

Ce dont il s’agit vraiment

Alors, de quoi s’agit-il vraiment? Il ne s’agit pas d’en finir avec les messages chiffrés – ils ne sont pas concernés, personne n’y touche. Il s’agit de permettre aux plateformes de faire une chose très précise: comparer l’empreinte numérique d’une image – une sorte d’empreinte digitale du fichier – avec des bases de données d’images déjà identifiées et vérifiées comme matériel pédocriminel. Si cela correspond, l’image est signalée aux autorités et retirée. Personne ne lit nos messages. Personne ne regarde nos photos de vacances. Mais une image documentant l’abus d’un enfant ne doit plus pouvoir circuler librement en Europe.

C’est cela que nous votons cette semaine: combler ce vide juridique, rétablir cette protection. Entre le confort d’un slogan et la protection réelle de nos enfants, mon choix est fait.

L’autrice

La protection des enfants n’attend pas

Photo: Editpress/Hervé Montaigu

Isabel Wiseler-Lima est députée au Parlement européen

Anmerkung

Das Tageblatt schätzt den Austausch mit seinen Leserinnen und Lesern und bietet auf dieser Seite Raum für verschiedene Perspektiven. Die auf der Forum-Seite geäußerten Meinungen sollen die gesellschaftliche Diskussion anstoßen, spiegeln jedoch nicht zwangsläufig die Ansichten der Redaktion wider.

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