Leserforum
Comment protéger nos jeunes contre les idéologies extrémistes?
Photo: Editpress/Alain Rischard
Le débat actuel en Autriche sur une éventuelle interdiction constitutionnelle de „l’islam politique “ soulève une question qui dépasse largement le contexte autrichien: comment une démocratie peut-elle réellement se protéger contre la radicalisation et l’extrémisme?
Je comprends qu’un Etat démocratique doive fixer des limites claires lorsque des idéologies remettent en question ses institutions, ses libertés fondamentales ou cherchent à justifier la haine et la violence. Mais une interdiction, aussi nécessaire puisse-t-elle parfois paraître, ne peut agir que sur les manifestations visibles d’une idéologie. On peut interdire une organisation ou certains discours. On ne peut pas interdire une idée dans la tête d’un être humain.
En tant que psychologue scolaire la question qui me paraît donc essentielle est différente: pourquoi certaines idéologies radicales parviennent-elles à attirer des jeunes?
Souvent, derrière la radicalisation se trouvent des besoins humains fondamentaux: le besoin d’identité, d’appartenance, de reconnaissance, de sens et parfois le désir de se sentir important dans un monde où l’on se sent insignifiant. L’idéologie extrémiste peut alors offrir des réponses simples à des questions complexes. Elle donne une identité, désigne un adversaire et procure parfois même le sentiment d’avoir une mission.
C’est ici que l’éducation constitue, à mes yeux, l’une de nos meilleures protections.
Nous devons apprendre aux jeunes à penser par eux-mêmes, à questionner sans mépriser, à accepter la différence et la frustration, à reconnaître leurs propres erreurs et à résoudre les conflits sans agressivité. Mais ils doivent aussi faire l’expérience qu’ils appartiennent à une communauté, qu’ils sont entendus, qu’ils ont une valeur et qu’ils peuvent contribuer à la société.
L’éducation ne devrait donc pas seulement transmettre des connaissances. Elle devrait aussi favoriser la maturité émotionnelle et sociale, l’esprit critique, l’empathie, le courage moral et le sens de la responsabilité.
Cela vaut d’ailleurs pour toutes les formes d’extrémisme, qu’elles soient religieuses, politiques, nationalistes ou idéologiques. Réduire la radicalisation à une seule religion ou à une seule population nous empêcherait d’en comprendre les mécanismes profonds.
Une démocratie doit savoir se défendre. Mais sa meilleure défense à long terme reste peut-être l’éducation qu’elle offre à ses enfants.
Au lieu de nous demander seulement ce que nous devons interdire, demandons-nous aussi quels êtres humains nous voulons aider nos enfants à devenir afin qu’ils n’aient pas besoin de l’extrémisme pour trouver une identité, une appartenance et un sens à leur vie.
C’est là, à mes yeux, que commence véritablement la prévention de la radicalisation.