Journalismus-Wettbewerb
Réseaux sociaux: faut-il fixer un âge minimum? Entre protection des adolescents et respect des libertés individuelles
Photo: Tageblatt
„Une jeune femme poignardée après une dispute sur les réseaux sociaux“ ou bien encore „Couteaux chez les jeunes: les réseaux sociaux et l’effet de groupe aux racines du fléau“ sont des exemples de gros titres qui ne se font pas rares et qui ne cessent d’animer les débats sur la mise en place d’une majorité numérique, c’est-à-dire une interdiction des réseaux sociaux aux moins de 16 ans, et pas uniquement au Luxembourg.
Les effets néfastes sur la santé des adolescents ne sont pas méconnus et le mécontentement des parents et professeurs ne fait que croître face à l’ascendance des médias sociaux. Cependant, certains s’inquiètent: la proscription des réseaux sociaux pour les adolescents n’irait-elle pas à l’encontre des libertés individuelles? Les discussions sont sans fin et la réflexion trop longue, bien qu’une réponse soit attendue dans les meilleurs délais afin de clôturer cet échange de longue date.
Il y a des choses qui se passent sur les réseaux sociaux [auxquels] les enfants plus jeunes n’ont pas le droit d’être exposés
Snapchat, TikTok, Instagram, Facebook … La liste est interminable. Les plateformes numériques sont omniprésentes et leur usage est de plus en plus précoce. En effet, une première inscription sur un réseau social interviendrait en moyenne vers l’âge de 8 ans et demi et 80% des jeunes luxembourgeois passeraient plus de deux heures par jour sur les réseaux, selon la Youth Survey Luxembourg menée en 2024 auprès de 4 779 jeunes. Les chiffres sont inquiétants et les études concernant l’utilisation des réseaux sociaux chez les adolescents sont nombreuses. De ce fait, le constat reste inchangé: un usage régulier contribue à la propagation de la violence et de la haine en ligne, à la dégradation de la santé mentale, à une baisse de la concentration et à des troubles du sommeil. De plus, l’exposition à des contenus inappropriés et illégaux constitue un véritable sujet d’inquiétudes. „Il y a des choses qui se passent sur les réseaux sociaux [auxquels] les enfants plus jeunes n’ont pas le droit d’être exposés“, atteste une grand-mère de deux jeunes enfants, déjà utilisateurs. De plus, le cyberharcèlement ne peut être ignoré, quatre adolescents sur cinq au Luxembourg subissent des discours de haine „visant les femmes, les personnes LGBTQIA+, les personnes issues de l’immigration ou appartenant aux minorités religieuses“.
Education plutôt qu’interdiction
Certes, ces faits sont préoccupants. Cependant, chaque individu fait un usage différent de ces plateformes, certains trouveraient même leur vocation professionnelle sur les réseaux sociaux. Le sentiment d’appartenir à une communauté, la lutte contre l’isolement social et la possibilité d’élargir ses horizons font partie des avantages qui offriraient un dénouement plus favorable à ce débat. En outre, une interdiction constituerait probablement une atteinte aux libertés individuelles et ne ferait que relayer ce problème au second plan. Ainsi, éduquer, sensibiliser et émanciper représenteraient une solution plus durable face à un problème d’une telle envergure.
Plusieurs pays ainsi que l’Union européenne se sont déjà penchés sur le sujet en décrétant vouloir interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans. Certains gouvernements, notamment la France, l’Allemagne ou l’Italie, ont pris l’initiative d’intervenir afin de limiter les effets néfastes sur la santé mentale des jeunes. Il se pourrait que l’un d’entre eux rejoigne l’Australie, premier pays ayant mis en place la proscription de certaines plateformes numériques aux mineurs de moins de 16 ans.
Cette question a été soulevée au Luxembourg par le ministre de l’Education nationale, de l’Enfance et de la Jeunesse, Claude Meisch, qui estime qu’une telle décision ne devrait pas être prise à la légère, car elle touche „à des droits fondamentaux [tels que] l’accès à l’information, la liberté d’expression et la participation au débat public“. En affirmant que les représentants politiques possèdent „une responsabilité de protection“ envers la jeunesse, il n’exclut pas que cette responsabilité puisse se traduire par une législation définissant un âge minimum. Il note bien qu’un pourcentage de 59% de jeunes confirment l’impact négatif des réseaux sociaux sur leur santé mentale, leur utilisation reste à un niveau préoccupant.
Assurer un environnement d’évolution sain
Il semble également important de partager certaines données mentionnées par Monsieur le ministre de l’Education, en particulier concernant les femmes. En effet, 21% des jeunes filles soutiennent avoir été sujettes à des demandes à caractère sexuel inopportunes et, „plus alarmant encore“, 9,4% des filles de 12 à 15 ans certifient avoir été exposées à des sollicitations sexuelles non désirées par l’intermédiaire des plateformes numériques. L’idée ne serait pas de „priver les jeunes de leur droit à la participation ou à l’expression“ mais plutôt de leur assurer un environnement d’évolution sain.
Comme mentionné précédemment, „la prévention, l’éducation et la sensibilisation“ restent des piliers cruciaux. La décision d’initiative législative, de la part du gouvernement luxembourgeois, visant à définir un âge minimum, ne peut être „prise de manière isolée“ et nécessite „un dialogue constant“, atteste Monsieur Meisch. L’ensemble des efforts du ministère de l’Éducation nationale, de l’Enfance et de la Jeunesse aurait pour objectif d’acquérir une soi-disant „screen-life balance“, qui se traduirait par un équilibre entre „vie numérique et vie réelle“. Comme si bien cité par ce dernier: „Protéger les jeunes, ce n’est pas restreindre leur avenir. C’est au contraire leur donner les moyens de le construire.“
Le changement ne se fera pas du jour au lendemain, cela reste une certitude. Cependant la digitalisation occupe une place de plus en plus centrale dans la société et il est important d’agir afin de limiter les répercussions sur les générations futures. Le Luxembourg n’est pas le seul à mener ce combat et ne sera probablement pas le dernier. Retenons que les adolescents, parents, enseignants ainsi que les responsables politiques partagent „une responsabilité commune“ et doivent œuvrer ensemble afin de protéger l’avenir des générations de demain.