Essai
Et si l’on photographiait le monde
Dans nos villes occidentales, nous constatons à quel point les frontières sont présentes dans l’espace architectural. Sans que l’on y prête attention, tant nos modes de vie voués à la consommation se sont déportés vers les zones péri-urbaines et commerciales qui s’étendent sur des kilomètres, comme autant d’espaces fantômes et déserts la nuit, destinés à être traversés de façon pratique, avec quantité de carrefours pour réguler la circulation.
Las Vegas, stations d’essence abandonnées, panneaux publicitaires: la photographie devient l’étude d’un monde où les espaces sont de plus en plus de purs lieux pragmatiques où plus personne ne se rencontre Foto: AFP/Ethan Miller
Outre ces espaces, il existe des développements de banlieues pavillonnaires, également à l’approche des villes, qui prennent sur la nature. Aux Etats-Unis, ce fut dans les années 1960-1970 les nouvelles conquêtes de l’Ouest, celle du paysage et celle du ciel. Le mythe de la frontière s’est rejoué comme une marque nouvelle de colonisation, aux enjeux culturels et politiques. La plupart du temps, il s’agit de maisons en kit, assez simples, construites rapidement, obéissant à une architecture populaire et standardisée, générée par la voiture, une voiture qui guide l’installation du lotissement. Ce genre d’habitat n’est plus lié à une spécificité naturelle comme la présence de l’eau. Une fois la maison finie, le gazon posé, le chemin tracé, ces espaces deviennent également des enjeux photographiques mettant à l’épreuve le nouveau mode de vie.