Festival de Cannes
Accident de parcours
Une Palme d’or très peu méritée pour le provocant „Titane“ Carole Bethuel
La Palme d’or pour „Titane“ de Julia Ducournau laisse pantois – un collègue a même parlé à juste titre d’erreur titanesque, ce à quoi je souscris entièrement. Voilà un film en forme de véritable provocation, qui se regarde sans aucun plaisir, qui veut semer le malaise mais ne parvient qu’à choquer sans subtilité aucune. Certes, on peut vouloir couronner un cinéma qui choque – si tant est qu’il y a, au-delà de la pure provocation, une esthétique, une transcendance, une actualité. Or, on l’a écrit il y a quelques jours, „Titane“ va à la fois trop loin dans son imaginaire et pas assez loin dans son contenu. Le film – l’histoire d’une jeune femme qui baise avec des voitures, tue des gens et tombe enceinte à force de rapports non protégés avec des bagnoles – dresse le portrait d’un malaise sociétal mais ne fait qu’effleurer des sujets comme l’identité transgenre ou la toxicité masculine, sujets qu’il laisse en jachère pour se complaire dans sa propre laideur.