France

Jordan Bardella et l’antisémitisme, une histoire qui dépasse les messages

À quelques mois des présidentielles, les messages publiés par Mediapart pourraient coûter cher au président du Rassemblement national. Dans ces messages attribués à Jordan Bardella, on peut lire que „les banques sont toutes détenues par des juifs“ ou encore „les analyses de Soral sont justes“. Des propos qui témoignent d’un antisémitisme brutal, mais également de son admiration pour Alain Soral, antisémite notoire.

Le président du RN, Jordan Bardella, veut engager des poursuites judiciaires contre les révélations de Médiapart

Le président du RN, Jordan Bardella, veut engager des poursuites judiciaires contre les révélations de Médiapart Photo: Mehdi Fedouach/AFP

Après avoir nié en bloc les révélations de Mediapart sur ces propos, Jordan Bardella est confronté aux preuves avancées par le site d’investigation, lesquelles sont décisives, allant jusqu’à l’extraction des données auprès de Meta, la maison mère de Facebook, pour authentifier les échanges. Pourtant, le député européen dément toujours et déclare vouloir engager des poursuites judiciaires. En pleine campagne présidentielle, le Rassemblement national joue la montre et craint que sa dédiabolisation ne s’effrite. Il faut donc attendre l’enquête de la justice, qui ne rendra ses conclusions qu’après l’élection présidentielle, pour savoir si ces propos peuvent être attribués à Jordan Bardella. Reste que, à admettre qu’ils n’émanent pas de lui, ces messages s’alignent sur ses fréquentations, qui trahissent ses idées.

La génération des soraliens

Le 5 novembre 2023, devant les caméras de BFMTV, Jordan Bardella défend Jean-Marie Le Pen et affirme que le cofondateur du Front national ne serait „pas antisémite“. Une défense intenable, mais cohérente au vu du processus de politisation du jeune Bardella. Alain Soral, essayiste inscrit dans la branche la plus dure de l’extrême droite, exerçait une grande influence dans les réseaux masculinistes des années 2010. Connu pour ses discours conspirationnistes et antisémites, ce dernier cumule les condamnations de provocations à la haine raciale et serait également „une figure majeure de la complosphère antisémite francophone“, explique l’historienne Valérie Igounet au micro de France Inter.

Partisan de la théorie du „complot juif“, Soral se rapproche du Front national, dont il intègre le comité central en 2007, et participe à la campagne présidentielle de Jean-Marie Le Pen. Deux ans plus tard, il s’éloigne du parti sans pour autant y perdre son influence. Avec son association et son site internet, „Égalité et réconciliation“, Alain Soral se filme pour diffuser ses discours haineux. À l’image d’un Andrew Tate, il capte une jeune audience masculine grâce à ses diatribes et ses inepties sur l’actualité politique.

Ces vidéos sont alors partagées sur les réseaux sociaux, dans des milieux où Alain Soral est une référence idéologique à l’instar du Front national de la jeunesse (FNJ). C’est à cette époque, en 2012, que Jordan Bardella y fait son entrée. „Parmi les sociabilités de M. Bardella, on sent qu’il y a des personnes très attirées par la complosphère et notamment par Alain Soral“, raconte Valérie Igounet qui décrit alors les soirées au „Forum“, ces réunions hebdomadaires organisées par le FNJ. Parmi ces fréquentations, François Paradol, aujourd’hui directeur de cabinet de Jordan Bardella, était adhérent au groupuscule soralien „Égalité et réconciliation“. En janvier 2016, le site se vante de son influence au sein du parti lors de la création du mouvement „Banlieues patriotes“. Mouvement présidé par un jeune Bardella, qui correspondait à la stratégie soralienne d’allier les banlieues, considérées comme musulmanes, au nationalisme français.

Fondé par des anciens de la Waffen-SS

Exilé en Russie pour fuir la justice française et suisse, Alain Soral propage encore ses idées à travers internet. Dans son dernier podcast, il réagit aux révélations de Mediapart. À travers un entretien avec Dieudonné, on ne se refait pas, le complotiste reconnaît avoir „croisé évidemment plusieurs fois“ Jordan Bardella avant d’ajouter que ce dernier avait „baigné dans le bain idéologique de ce qui était l’idéologie montante au Front national de tradition lepéniste des années 50“.

Au-delà d’être un parti fondé par Pierre Bousquet et Léon Gaultier, anciens Waffen-SS, ainsi que par Jean-Marie Le Pen, le Rassemblement national reste imprégné par le nationalisme de Charles Maurras, lié à l’antisémitisme d’État, qui ne reconnait pas la coitoyenneté française aux juifs, car „inassimilables“ à la culture française. Depuis la prise de pouvoir de Marine Le Pen, le RN s’efforce de se dissocier, publiquement, de ses „brebis galeuses“. „La politique, c’est de la comm“, disent les messages attribués à Jordan Bardella. Même si le parti masque désormais son antisémitisme, il ne cache plus son islamophobie.

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