Littérature
L’écriture de l’ailleurs, un miroir du monde?
Les facilités de transport et les enjeux climatiques remettent en question les ambitions et la pertinence des récits de voyage. Retour sur un genre littéraire vieux comme l’écriture en compagnie de quatre auteurs et une autrice.
Nicolas Bouvier, écrivain suisse, au temple bouddhique de Hase-Dera avec des moinillons de la secte Shingon. Japon, juin 1956. Photo: Roger-Viollet via AFP
Depuis l’aube de la civilisation et des sources écrites, il existe des textes relatant des voyages: des voyages vers des contrées lointaines, inconnues et dangereuses. Chaque période historique a ses propres récits de voyage. Dans „L’Odyssée“, le poète grec Homère mêle le réel au merveilleux et au fabuleux; cette épopée renvoie à l’idée d’un véritable voyage initiatique où la recherche de soi est primordiale. Pendant plusieurs siècles, le carnet de voyage a été la porte d’entrée d’un monde étranger et inconnu. À la fin du Moyen Âge, le célèbre ouvrage de Marco Polo, „Le livre des merveilles du monde“ (1298), offre aux lecteurs européens une multitude de détails sur les sociétés d’Extrême-Orient. Un siècle et demi plus tard, ce fût le grand voyageur originaire de Tanger, Ibn Battûta, qui rapporta ses impressions, parfois un brin fantaisistes, du monde musulman, poussant ses explorations jusqu’à la Chine. Cette même Chine dont furent issus des poètes voyageurs comme Xu Xiake (1586-1641) qui, durant quarante ans, sillonna à pied l’immense Royaume du milieu, laissant de chaque périple une relation détaillée et fidèle, à la fois scientifique dans son esprit et littéraire dans son expression.