L’histoire du temps présent
Paradise Lost – L’Âge d’or que regrettent les électeurs de Trump n’a jamais existé
La réélection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis est le signe d’une radicalisation des Blancs américains. Cette radicalisation n’est pas conjoncturelle. Elle repose sur des tendances démographiques historiques qui remettent en cause l’ensemble de leurs certitudes.
6 janvier 2021: la police retient des partisans du président américain Donald Trump alors qu’ils se rassemblent devant la rotonde du Capitole à Washington, DC Photo: AFP/Olivier Douliery
Pour tous ceux – à commencer par le premier intéressé – qui pensaient que l’élection de Donald Trump en 2016 avait été un accident, sa réélection en 2024 fut un choc violent. Au-delà de l’aversion que le personnage peut susciter, ce second sacre montrait qu’il répondait à une demande venant des tréfonds de la société américaine, en particulier de sa composante blanche, masculine, non diplômée, et à laquelle personne d’autre n’avait su répondre. Ces aspirations, Trump a su les cristalliser autour de son mot d’ordre „Make America great again“. La question qui se pose alors d’un point de vue historique est: où se situait cet Âge d’or auquel tant d’Américains veulent revenir?
Dans les années 1990, après la victoire sur l’Union soviétique et avant les guerres sans fin au Moyen-Orient et l’irrésistible ascension de la Chine? Dans les années 1980, lorsque Ronald Reagan, un autre républicain – celui qui par ailleurs avait pour la première fois utilisé le slogan „Make America great again“ – avait „rendu sa fierté à l’Amérique“ après les fiascos au Vietnam, en Iran. Après également, ce que ses électeurs considéraient comme les coupables excès du gauchisme, en particulier les politiques en faveur des minorités raciales et sexuelles ainsi que la création d’un embryon d’Etat-providence sous la forme de Medicaid.