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Ni silence, ni frontières, même combat face au patriarcat – Jessica Lopes sur la bataille pour l’égalité
Certaines d’entre nous au Luxembourg ont peut-être le privilège de croire que la bataille pour l’égalité est derrière nous. Après tout, la majorité des victimes de violences intrafamiliales sont des femmes et des enfants, mais tout va bien. L’écart entre les pensions des hommes et des femmes est le plus grand d’Europe, mais ne dramatisons pas. Le travail du care repose encore largement sur les femmes, mais est-ce si grave? Ne parlons même pas de la sous-représentation inquiétante des femmes dans nos instances politiques. Pour certains et certaines, ici tout va bien.
Photo: archives Editpress/Julien Garroy
Malgré ce déni sélectif, j’ose penser qu’une majorité d’entre nous est tout de même d’accord pour reconnaître que les droits des femmes sont en danger au niveau international. Nos démocraties occidentales vacillent, ébranlées par la montée des idéologies réactionnaires qui s’attaquent frontalement aux droits des femmes et des minorités. La perte de confiance dans nos institutions politiques, récemment soulignée par le rapport „Polindex 2024“ relevant que près d’un tiers de la population est lassé et méfiant de nos institutions démocratiques au Luxembourg, nourrit un terrain propice aux attaques antiféministes. Ce n’est pas un hasard si, aux États-Unis, le droit à l’avortement a été révoqué, ni si des mouvements comme celui des „tradwives“ émergent. Ce phénomène ne se résume pas à un choix de vie personnel. C’est un business lucratif, une stratégie politique visant à renforcer un ordre patriarcal en crise. En Italie, en Hongrie, en Pologne ou en Russie et ailleurs, les gouvernements ultraconservateurs profitent d’une perte de repères pour s’attaquer aux libertés des femmes et des minorités.