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„Jenni a Menni“?

„Jenni a Menni“?

L’ouverture d’esprit et la franchise n’étant pas de simples formules de circonstance, permettez-moi quelques réflexions, voire quelques constats, sur notre pays, ô combien petit: le Grand-Duché de Luxembourg et son „establishment“!

Un pays où semble parfois régner une autorité invisible, mais parfaitement connue de tous. Elle ne figure dans aucune Constitution, n’a jamais été élue et se comporte pourtant volontiers comme si elle incarnait à elle seule la loi, la morale et le bon sens.

Elle porte un nom bien de chez nous: „Jenni a Menni“!

„Jenni a Menni“, savent ce que nous devons penser, signer, acheter ou vendre. Ce que nous devons croire, ce que nous pouvons dire et, surtout, ce que nous ferions mieux de taire.

Dès que l’on refuse de rejoindre le chœur de ces bien-pensants ou que l’on revendique le simple droit d’avoir sa propre opinion, toute décision privée paraît soudain devenir une affaire publique.

Et, si l’on prend position sur un sujet sensible, le verdict tombe comme le couperet d’une guillotine: „Tu ferais mieux de te taire.“

Chère Madame, cher Monsieur „Jenni a Menni“, vous qui semblez tout savoir, tout commenter et parfois même vouloir tout régenter, prenez toutefois note de l’essentiel: la liberté individuelle ne se délègue pas!

On parle de démocratie, on invoque la Constitution, on brandit la morale comme si un index levé suffisait à tenir lieu d’argument. Mais la démocratie ne consiste pas à remplacer le pouvoir officiel par la pression diffuse d’une opinion anonyme. Celle de „Jenni a Menni“!

Et, si une majorité se contente de répéter ce qu’on lui dicte, elle n’en devient pas, par le seul effet du nombre, détentrice de la vérité.

Je suis, en règle générale, un homme calme, peu enclin aux conflits et davantage porté vers le dialogue que vers l’affrontement. Pourtant, la réalité m’oblige de souligner: Refusons que les rumeurs décident, que les émotions fassent les lois et que l’indignation collective remplace la réflexion! Refusons de nous soumettre au cléricalisme d’hier, au moralisme médiatique d’aujourd’hui et aux injonctions de ceux qui lèvent le doigt à tout propos, moins pour éclairer le débat que pour rappeler au monde qu’ils existent.

Penser n’est pas un crime. La responsabilité individuelle vaut plus que l’indignation collective de „Jenni a Menni“.

La liberté n’est pas un slogan à brandir lorsque cela nous arrange: elle est un risque que chacun doit avoir le courage d’assumer.

Si cela devait vous déranger, Mesdames et Messieurs „Jenni a Menni“, veuillez vous y habituer et, surtout, accepter que d’autres continuent à penser, à s’exprimer et à dialoguer.

Recevez mes salutations aussi inquiètes que lucides, mais malgré tout distinguées.

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