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Jean Asselborn: Die Tour seines Lebens
Après la première biographie par Margaretha Kopeinig en 2022, „Merde alors! Jean Asselborn, eine politische Biografie“ (Czernin Verlag), Michael Merten, journaliste originaire de Trêves, depuis 2019 reporter au Wort, a dû frapper fort.
Deux biographies dédiées à celui qui fut ministre luxembourgeois des Affaires étrangères pendant presque 20 ans, témoignent de la popularité et de la notoriété du personnage au-delà des bornes luxembourgeoises.
La biographie de Merten paraît en 2025 aux éditions Berg & Feierabend, en partenariat avec les éditions Ernster. Le point de départ de Merten, par rapport à sa prédécesseure, ce sont les législatives de 2023 et donc un point de rupture. Asselborn ne sera plus ministre: quo vadis?
„Die Tour“ se réfère évidemment au Tour de France, évènement cyclique mythique du sport cycliste. Ici le propos est de faire le bilan d’une vie politique en suivant le tracé d’un tour cycliste.
Le Tour de France prend son départ dans des lieux symboliques: Schengen en fait partie. En juin 2024 Asselborn y prend le départ en compagnie de Michael Merten. L’arrivée du Tour se fait à l’Arc de Triomphe, dans ce cas-ci c’est le Mont Ventoux. C’est ici que Jean Asselborn vient chaque année interroger l’oracle: est-il encore en mesure de continuer sur sa lancée?
Le pari de se faire accompagner dans son pèlerinage vers le Mont Ventoux est risqué: Merten subit le ministre comme l’ont subi ses diplomates: côté cour, côté jardin, encore faut-il se dire qu’on a la chance de vivre un personnage de cette envergure au plus près de ses manies. D’ailleurs les deux hommes sortent de l’épreuve en tant qu’amis, une amitié respectueuse de la distance inévitable entre deux générations, deux mondes.
Merten s’intéresse au personnage, il ne s’intéresse pas ou peu à la diplomatie luxembourgeoise. Pourtant Asselborn s’inscrit dans la continuité de cette politique étrangère. Le credo européen, les relations avec les pays voisins Benelux, France et Allemagne, l’attachement à l’ONU, la proximité intelligente avec le grand allié américain, le droit des Palestiniens à un État au même titre que les Israéliens etc. sont des éléments qu’Asselborn partage avec ses prédécesseurs.
Merten laisse présumer que Jean-Claude Juncker lui ait adjoint Nicolas Schmit comme Secrétaire d’Etat aux Affaires européennes pour assurer cette continuité. Ce rôle de gouvernant ne rend pas justice au travail de Nicolas Schmit, car si Jean Asselborn a très vite su se faire respecter par ses collègues européens et par une grande partie des correspondants européens à Bruxelles, Nicolas Schmit lui a concilié le Parlement européen, et ce n’est pas une mince affaire quand on assume la présidence tournante du Conseil des Affaires étrangères et du Conseil Affaires générales dans un contexte de co-décision.
Merten laisse entendre en revanche qu’Asselborn aurait dû déléguer le portefeuille de la migration qu’il ajoute lors de son dernier mandat aux Affaires étrangères. Seulement Merten oublie que le Luxembourg à cette époque est le seul et unique pays européen à se doter d’un ministère de l’Immigration. Il s’agit en effet d’un instrument créé par Jean Asselborn dont le souci est d’enlever ce dossier au monopole des ministres européens de l’Intérieur pour rendre pleinement justice à la complexité de la question migratoire.
Dommage que d’autres pays voire la Commission n’aient pas suivi Asselborn dans son intuition géniale, l’UE disposerait aujourd’hui d’instruments autrement plus sophistiqués que le fil barbelé d’Orbán et les centres de rétention de Meloni, une occasion manquée. Mais pour en revenir au livre de Merten, comme Asselborn a créé l’instrument du ministre de l’Immigration, il ne pouvait en aucun cas déléguer cette fonction.
Reste que disposer d’un corps diplomatique à la capitale comme à l’étranger rend possible de ne travailler que les urgences du moment, avec un noyau de collaborateurs très serré, on ne parle même pas d’un cabinet. Mais le soubassement administratif qui rendait possible ce modus operandi très efficace allait manquer au ministère de l’Immigration, on le sait maintenant, et c’est déjà une avancée.
Le livre de Merten est efficace, divertissant, instructif, à lire avec gourmandise.
Jean Asselborn a durablement marqué la diplomatie européenne et luxembourgeoise. Que deux biographies lui soient déjà consacrées, en dit long sur le besoin de voir préservé le modèle européen fondé sur le droit et les droits humains, sur le besoin de se passer durablement des Orbán et de tourner le regard vers d’autres visages. Qu’il faille aller chercher ailleurs que dans les grandes capitales en dit long aussi sur le besoin d’une Europe curieuse de sa diversité. Asselborn n’est pas un personnage pittoresque, il est un grain de sable dans le rouage si bien huilé de la machine d’exclusion.