Prix littéraires
Tout se crée, tout se perd
Alors que la plupart des romans couronnés en 2020 s’en prenaient à des sujets sociaux – le délaissement du monde rural, le regain du spiritisme –, enlevant à la fiction son pouvoir évocateur d’autres réalités pour tout rabattre sur celle, unique et déprimante, qu’on connaît tous, Grégory Le Floch vient remettre les pendules à l’heure. Triplement couronné par le prix Décembre, le prix Wepler Fondation La Poste et le prix Transfuge Découverte, „De parcourir le monde et d’y rôder“ est un roman délirant, surréel, qui, par ricochet, en dit plus sur notre condition que la plupart des publications actuelles.
L’écrivain Grégory Le Floch (C) Arnaud Delrue
„De parcourir le monde et d’y rôder“ est un courant d’air rafraîchissant dans un paysage contemporain délétère, qui ne fait souvent que copier-coller, structurer et commenter une réalité parfois désolante et qui se le prendra en plein dans sa gueule, ce réel, au moment où l’on voudra tirer quelque chose de littéraire de la pandémie actuelle et qu’on se rendra compte qu’il n’y a rien à en dire qui n’ait pas déjà été dit mille fois en littérature, que ce soit à travers des fictions sur le confinement, des romans post-apocalyptiques ou encore des récits pandémiques (qu’on se rappelle l’engouement récent pour la „Peste“ camusienne).