Art

Sous la pop, la braise flamenca

A l’heure où Rosalía, Beyoncé ou le cinéma de C. Tangana remettent le flamenco sur la carte mondiale des images et des sons, le FlamencoFestival Esch rappelle qu’il s’agit d’un art de la mémoire en mouvement. A la Kulturfabrik, il retrouve sa profondeur sociale, son exigence musicale et sa capacité à faire vibrer l’héritage dans le présent.

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Photo: Kulturfabrik

Le flamenco revient aujourd’hui dans la pop par éclats et ce retour rend le FlamencoFestival Esch intéressant, intrigant aussi: autour de Rosalía, dont „El Mal Querer“ (2018) a projeté les palmas, les mélismes du cante et le gitan-andalou dans le R&B, du clip mondialisé et de la grande industrie, une question classique s’est posée, celle de savoir qui peut porter une tradition. Beyoncé, en glissant un titre nommé „Flamenco“ dans „Cowboy Carter“ (2024), album travaillé par les instruments acoustiques, les filiations populaires et les histoires d’identité, dit à son tour que ce mot suffit à appuyer sur une intensité immédiatement recevable par un public global. Madonna l’avait déjà pressenti en 1987 avec la vidéo „flamenco-flavored“ de „La Isla Bonita“, robe rouge, guitare et fantasme latin, pendant que le cinéma de Carlos Saura avait offert au XXe siècle finissant une autre diffusion internationale, encore plus chorégraphique. Cette mode ne vaut que lorsqu’elle oblige à revenir vers la matière réelle: le compás, cette pulsation qui organise le temps; le cante, chant de gorge, de poitrine et de mémoire; le toque, guitare qui accompagne, répond et relance; le baile, où les pieds frappent le sol. Le flamenco n’a jamais été un bloc pur, immobile, il porte les traces de l’Andalousie, des communautés gitanes, des classes populaires, des diffusions méditerranéennes, des cafés chantants, des scènes institutionnelles, des conservatoires, des festivals et des controverses, au point que sa reconnaissance patrimoniale par l’Unesco en 2010 a autant consacré sa puissance qu’ouvert une interrogation sur les manières de préserver un art né dans des marges sans le rendre pour autant inoffensif.

Au Luxembourg, cette question prend une couleur particulière. Le FlamencoFestival Esch s’inscrit dans une histoire hispano-luxembourgeoise faite d’exil, de travail, d’associations, de bénévolat et de transmission. Le Círculo Cultural Español Antonio Machado, partenaire essentiel de la Kulturfabrik, plonge ses racines dans les années 1960 et 1970, dans le sillage d’une immigration espagnole marquée par la nécessité économique et par l’étouffement politique de la dictature franquiste. Cette mémoire sociale donne au festival une assise concrète, loin du simple goût pour l’Andalousie de carte postale. À Esch, le flamenco renvoie au Luxembourg pluriel, avec ses langues, ses diasporas, ses enfants qui héritent d’une culture autrement que par le sang, par le cours, le concert, la discussion et la soirée partagée.

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