TalentLab
Quand on parle du loup-garou …
Mauricien installé en France, Avildseen Bheekhoo faisait partie des six artistes prometteurs retenus pour l’édition 2024 du TalentLab des Théâtres de la ville de Luxembourg qui vient de s’achever. Pendant dix jours, il a pu poursuivre son exploration esthétique de la rumeur d’un loup-garou sévissant après le passage du cyclone Hollanda en 1994 sur son île de naissance. Cas particulier d’une réponse culturelle à une catastrophe naturelle.
Avildseen Bheekho, au Grand Théâtre de Luxembourg, lors de son séjour dans le cadre du TalentLab Photo: Jérôme Quiqueret
Le cas est tellement étonnant qu’il a fini par intéresser les scientifiques. Deux historiens et deux géographes d’universités anglo-saxonnes se sont penchés sur les ravages supposés qu’un loup-garou aurait fait en février 1994, à l’île Maurice, dans les jours qui ont suivi le passage d’un cyclone dévastateur baptisé Hollanda. La rumeur a circulé alors que la population ne disposait plus d’électricité. Elle prétendait qu’un loup-garou, baptisé „Touni minuit“ – nu à minuit en créole –, entrait subrepticement la nuit dans les maisons pour s’en prendre aux femmes. Ce qui a intéressé les chercheurs, c’était de comptabiliser cette réaction comme l’une des réponses culturelles à une catastrophe naturelle. Plutôt que de classer cet événement comme un épisode d’hystérie de masse, ils préféraient l’inscrire dans un schéma plus large d’expériences et de réponses culturelles aux cyclones, rappelant que même l’identification d’un événement comme catastrophe est culturelle. Ils plaçaient la légende du loup-garou à la suite de la composition de morceaux de sega, la musique traditionnelle mauricienne, créés après les cyclones de 1960 et 1975, et soulignaient l’usage récurrent du cyclone dans la vie littéraire et intellectuelle de l’île. Avildseen Bheekhoo, 33 ans, est le prochain artiste mauricien sur la liste.