Rentrée littéraire
L’enfer de la frite: „En salle“ de Claire Baglin
Pour son premier roman, Claire Baglin fait suivre à sa narratrice les traces d’un père ouvrier détruit par son travail en se faisant embaucher par une chaîne de fast-food. Dans un montage parallèle saisissant et formellement conséquent, elle évoque de façon limpide un quotidien éreintant, tissé d’humiliations et de hiérarchies ridicules, scènes qu’elle fait alterner avec le récit fragmenté et touchant d’une enfance marquée par le dénuement et le travail du père.
L’autrice Claire Baglin publie un premier roman à la fois révolté et sensible Photo: Mathieu Zazzo
Tout commence avec un entretien d’embauche qui se déroule dans les règles de l’art néolibéral, avec un directeur qui pose des questions incisives, impersonnelles, indifférentes et la narratrice qui, stratégiquement, déploie ses atouts – un permis B, une disponibilité de tout temps, un appartement proche du lieu de travail – comme lors d’une partie d’échecs, tout ça pour avoir le droit de travailler pour une chaîne de fast-food dans des conditions disgracieuses. D’entrée de jeu, le ton est donné: „Il ne suffit pas d’être véhiculée, d’habiter à cinq minutes et de quitter le poste plus tard que les autres candidats. Il faut aussi avoir envie qu’ils ratent leur entretien, souhaiter prendre leur place.“