Exposition
Le corps de la peinture: Eugène Leroy au Musée d’art moderne
Entrer en résonance avec la peinture d’Eugène Leroy (1910-2000) est une expérience qui tient d’abord de la sidération. Contact avec la matière, apprivoisement du regard, corps à l’ouvrage, matrice, temps long de l’œuvre, parenté avec les plus grands, tout cela s’organise, prend forme, en regardant, quasiment de manière tactile, un corpus d’œuvres comme une intransigeance qui nous conduit à l’essence même de l’art.
Eugène Leroy, D’après le Concert Champêtre, 1990-1992, Collection particulière, France (c) Photo Jörg von Bruchhausen; ADAGP, Paris, 2022
Il y a des figures dans ces œuvres, d’abord évidentes au début de la carrière d’Eugène Leroy, puis qui semblent prises dans la matière, enfoncées là-dedans, comme enfermées dans un univers fondamental, fait de terre, de boue, d’infini. Orbites des yeux, trou de la bouche, visages qui émergent. Les autoportraits, sans concession, sont ceux universels de l’homme pris dans sa condition. Et la lumière qui en émane en donne un éclairage ontologique, comme si en se dépêtrant de tout cela, dans les coulures, les reliefs accidentés, une géologie, une archéologie, particulières, sous les épaisseurs terreuses, se dégageait inévitablement, dépouillée de toute anecdote, une forme révélatrice, un souffle, qui donnent davantage de puissance encore à cette matière en fusion.