L’histoire du temps présent

Février 1946: Le retour des survivants

Il y a exactement 80 ans, les survivants de la Shoah tentaient de reconstruire leur vie au Luxembourg. La tâche s’annonçait titanesque. Au-delà du deuil et de la détresse matérielle, ils étaient confrontés à un antisémitisme resté latent, malgré l’empathie suscitée par la révélation des crimes nazis.

Nazistische Parade vor Synagoge in Luxemburg-Stadt 1941 während des Zweiten Weltkriegs

Parade nazie devant la synagogue à Luxembourg-ville en 1941 Photo: Bundesarchiv

Au lendemain de la libération, il ne restait plus au Luxembourg qu’une soixantaine de Juifs. Tous avaient épousé un ou une „Aryen.ne“ et échappé pour cette raison à la déportation et à la mort. Peu à peu, ils avaient été rejoints par les premiers survivants des ghettos et des camps d’extermination ainsi que par les premières familles rentrées d’exil. Une centaine de familles, majoritairement luxembourgeoises, étaient revenues à la date du 14 mai 1945, date de la première réunion d’un Comité provisoire de la Communauté juive de Luxembourg. Ces survivants retrouvaient un pays que le régime nazi et ses collaborateurs avaient rendu invivable pour eux. Leurs synagogues, en particulier celles de Luxembourg et d’Esch-sur-Alzette avaient été démolies; leurs commerces, leurs maisons et leurs biens avaient été spoliés.

Tout était à reconstruire et la tâche s’annonçait d’autant plus dure que la plupart des survivants n’avaient plus rien. La Centrale israélite de prévoyance sociale – plus connue sous le nom d’Esra – fut rapidement reconstituée. Dans les années 1930, le gouvernement luxembourgeois lui avait en quelque sorte sous-traité la prise en charge des réfugiés juifs fuyant le Reich allemand. L’Esra était alors financée par la communauté juive du Luxembourg, avec le soutien du Joint, la grande organisation humanitaire juive américaine. Depuis la situation avait dramatiquement changé. Tous les Juifs du Luxembourg étaient désormais des réfugiés.

Quelque chose de la mentalité nazie

Si les autorités du Grand-Duché ne posaient aucune condition au retour des Luxembourgeois juifs, elles se montraient plus tatillonnes avec les Juifs étrangers. Ces derniers ne pouvaient prétendre à un titre de séjour qu’à condition d’avoir possédé des biens dans le pays avant la guerre ou d’être pris en charge par l’Esra qui, débordée, en était bien incapable. Les Juifs étrangers devaient aussi faire face à l’attitude ambiguë des autorités, comme l’exposa le belge Max Gottschalk dans un rapport adressé au Joint au début de l’année 1946: „A son retour, le Gouvernement luxembourgeois s’est retrouvé devant une tâche d’épuration considérable et délicate. […]. Le Ministre de la Justice a pris comme règle de n’inculper que ceux qui, dans l’exercice de leurs fonctions, ont commis des abus à l’égard de leurs concitoyens et de ne se montrer sévère qu’envers les ,gros‘. La conséquence en est que l’on trouve dans les postes subalternes, des éléments ayant collaboré avec les Allemands et qui ont gardé quelque chose de la mentalité nazie. On en trouve notamment dans la Gendarmerie et la Police. Les Juifs ont eu à en souffrir dans des cas particuliers, mais ils rencontrent toujours bon accueil chez les chefs des diverses administrations. La population, dans son ensemble, est devenue ,Jew-conscious‘. On ne peut, cependant, citer aucun cas de véritable attitude antisémite ou d’attaques dans la presse.“

Plus d’attaques ouvertes

Non, d’attaques ouvertes, il n’y en avait plus et lorsque le sort des Juifs était évoqué dans les journaux, c’était généralement avec empathie. Cela ne signifiait pas pour autant qu’ils étaient dorénavant unanimement perçus comme des membres à part entière de la communauté nationale. Le nationalisme d’essence ethnique et catholique qui s’était développé au Luxembourg à la fin du 19e siècle et qui voyait en eux des étrangers et des concurrents dangereux, était devenu largement consensuel à la fin de la guerre. La plupart des mouvements de résistance s’en réclamaient.

L’un des principaux d’entre eux proclamait encore dans son programme de 1941 qu’il ne demanderait à aucun Juif qui était parti, de revenir au Grand-Duché; qu’il ne tolèrerait dans le pays que les Juifs luxembourgeois ou ceux qui y habitaient depuis plus de 25 ans; que plus aucun Juif ne pourrait acquérir la nationalité luxembourgeoise. Or, si ces revendications avaient par la suite disparu sur le papier, elles avaient bel et bien été traduites dans les faits.

Un antisémitisme qui était allé trop loin

Cette attitude ambigüe à l’encontre des Juifs est perceptible dans un article publié en une du Tageblatt de 15 février 1946 et tout simplement intitulé „Das Judenproblem“. L’auteur commençait par exprimer l’horreur qui l’avait saisi en découvrant l’ampleur des crimes nazis: „Niemals ist eine Religions- oder Volksgemeinschaft grausamer verfolgt worden, als es die europäische Judenschaft während der vergangenen zehn Jahre wurde. Ihre endgültige Ausrottung wurde systematisch betrieben. Wenn wir heute das jüdische Element in allen der Naziherrschaft zeitweilig unterworfenen Ländern abschätzen, stellen wir das Ausmaß der Opfer eines satanischen Fanatismus mit Schrecken fest. Der Fanatismus der Nazischergen ist widernatürlich und animalisch gewesen. […] Soweit wir uns unseres Menschentums erneut bewußt werden, weisen wir die Sinnlosigkeit der Rassentheorie zurück.“

L’auteur ajoutait toutefois: „Gewiß spricht die Haltung der Juden im allgemeinen, in Vorkriegsjahren, sie keineswegs von jedweder Schuld frei. Die Naziargumentation fand Anklang, sowohl in Deutschland als auch im Osten, weil es seine Anklage auf einige Tatsachen stützen konnte, die wirklich vorhanden waren. Die Völker, welche in ihren Reihen „volksschädigende Elemente“ jeder Art und jeden Ursprungs zählten und weiterhin zählen, sind immer geneigt, Wut und Haß auf ihre Bedrücker gegen die fremdanmutende und zahlenmäßig schwächste Gruppe solcher Parasiten auszugießen. Die Verfolgungswut aber beschränkte sich nicht auf die Schuldigen der Gruppe, die Unschuldigen und sogar die Verdienstvollen winden und werden in wenig humaner Weise dem Elend und der Not der Ausgestoßenen überantwortet.“

Un caractère distinct qui doit être éliminé

Si l’auteur estimait que l’antisémitisme était allé trop loin, il ne pouvait toutefois que constater qu’il demeurait puissant en Europe centrale et en Europe de l’Est. Les Juifs polonais, pourtant indispensables à la reconstruction de leur pays, n’y étaient ainsi plus en sécurité. Beaucoup de Juifs d’Allemagne et d’Europe de l’Est ne voyaient donc d’autre salut que dans la création d’un Etat à eux en Palestine mandataire. L’auteur de l’article estimait toutefois que c’était là une fausse solution, puisqu’elle risquait de déboucher sur de nouveaux dangers: „Es ist ein Kampf entbrannt, der den Keim zu gewaltigen, völkertrennenden Auseinandersetzungen bilden kann. […] Eine anglo-amerikanische Palästinakommission die dritte, nachdem 2 englische Kommissionen vor Ausbruch des Krieges zu keinen befriedigenden Resultaten gelangten, versucht eine für Araber und Juden annehmbare Lösung auszuarbeiten. Es ist fraglich, ob sie das ihr gesteckte Ziel je erreichen wird.“

Sceptique, l’auteur abondait dans le sens d’Albert Einstein qui rejetait le „nationalisme sioniste“ et prônait l’„assimilation des Juifs au peuple indigène de leur patrie d’adoption“: „Wenn es einen jüdischen Staat geben sollte, wird das Judentum im Ausland seinen meist unbeliebten, separaten Charakter, welcher zum Verschwinden gebracht werden soll, nie ablegen. Wir glauben, daß der Menschheit und dem Weltfrieden gedient wird, wenn die europäischen Juden ihrer Aufgabe an der Weiterentwicklung der kontinentalen Zivilisation mitzuwirken, nicht entzogen werden. Ihre Hilfe wird uns wertvoll sein. Ihr Abseitsstehen werden wir dann nicht einmal unangenehm empfinden.“

1 Kommentare
Aloys Buchel 15.02.202613:34 Uhr

Wäre es möglich, dass Herr Artuso mir den kompletten Artikel aus 1946 schickt, oder gegebenenfalls im Tageblatt veröffentlicht. Besonders die Aussagen betreffend die Situation der Juden in Mittel und Zentraleuropa ,auch nach dem Krieg, wären interessant.
Insgesamt, finde ich, dass der Autor von damals erstens einmal sehr gut dokumentiert war, und dass er darüber hinaus, eine, für damalige Verhältnisse, relativ ausgewogene Meinung vertreten hat.
Er hätte natürlich seine Äußerungen bezüglich seiner Meinung, dass nicht alle Juden Unschuldslämmer waren, untermauern müssen, sowie stärker darauf pochen müssen, dass, selbst wenn dies erwiesen wäre, keinesfalls die von den Nazis betriebene Vernichtungspolitik zu rechtfertigen war.

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