Luxemburgensia
Défaite des maîtres et possesseurs
Pour son premier roman, le poète et journaliste Florent Toniello plonge son lecteur dans une utopie science-fictionnelle qui évoque d’abord un univers archaïque ayant tourné le dos à la technologie et à la violence pour ramener discrètement ce meilleur des mondes possibles dans un cauchemar quantique qui tient à la fois de l’œuvre de Borges, de Philip K. Dick et de Voltaire.
L’auteur Florent Toniello Photo: Editpress/Fabrizio Pizzolante
La couverture de „Ganaha“, sur laquelle l’on voit un couple se baigner dans une mer qui reflète le scintillement d’un soleil éblouissant, est trompeuse à de nombreux égards: tout d’abord, elle paraît indiquer un roman à l’eau de rose, une romance située dans un monde serein et lumineux, une mièvrerie kitsch et ésotérique. Ensuite, la niaiserie du motif, combinée à la laideur de la police digne d’un livre autoédité, laisse augurer du pire. Enfin, le sous-titre – „un conte futur dans une langue passée“ – paraît un peu gonflé. Mais, comme disent les Anglais: „don’t judge a book by its cover.“ Et puis, même „Infinite Jest“, le grand roman de David Foster Wallace, connut une pochette à la rare laideur (celle qui combine du bleu et du jaune, hideuse à souhait). Heureux donc qui, comme votre serviteur, ne fut pas rebuté par des broutilles graphiques et put se laisser happer par un roman qui tisse un univers cohérent pour en ébranler peu à peu les édifices ontologiques.