Documentaire
Andres Veiel réalise une méditation sur Leni Riefenstahl – sa vie, son art et ses mensonges
Le 22 août 2002, Leni Riefenstahl devenait centenaire (elle est morte en 2003, à l’âge de 101 ans). Evénement si considérable que, d’un bout du monde à l’autre, la communication médiatique internationale n’a pas manqué d’en répercuter l’écho.
Une cinéaste profondément „apolitique“ Copyright: Bayerische Staatsbibliothek/Bildarchiv
Cette célébration/réhabilitation fut orchestrée avec la sortie sur les écrans de sa dernière œuvre: „Impressions sous-marines“. La toute nouvelle centenaire était présentée comme une „figure mythique“, une „légende vivante“. Elle-même répétait à longueur d’interviews qu’elle ne s’était jamais intéressée à la politique, mais seulement à son art. L’on entendait séparer l’œuvre de l’artiste pour étudier une esthétique et considérer ses films – „Le Triomphe de la volonté“ et „Les Dieux du stade“ –, au service d’Hitler et de la propagande nazie, comme des objets purement cinématographiques. C’était aussi, dans la foulée, mettre de côté la personnalité ambiguë de la cinéaste allemande, écarter sa proximité avec le régime nazi et Adolf Hitler. C’est à „ce mur de mensonges“ qu’Andres Veiel, déjà auteur d’un documentaire sur l’artiste Joseph Beuys, s’attaque dans son documentaire. „Riefenstahl“ confronte astucieusement les propos que l’ancienne égérie de Hitler a accordés aux télévisions du monde entier pour s’auto-justifier face à des documents d’archives, photos, correspondances, conversations téléphoniques scrupuleusement enregistrés. Il en ressort le portrait saisissant d’une femme volontaire, manipulatrice, imbue d’elle-même, imperméable à la culpabilité. Le documentaire jette une lumière crue sur le „mythe“ Riefenstahl. Il va même au-delà. Il est une réflexion sur le rapport entre l’art et la responsabilité de l’artiste, la compromission politique et morale, le rôle et les enjeux des manipulations d’images. „Riefenstahl“ est l’œuvre d’un cinéaste parfaitement informé des tendances de notre société et capable de faire de son documentaire une vision prospective et donc ouverte sur l’avenir, notre présent.