France
Victoire éclair de Raphaël Glucksmann à la primaire socialiste
Raphaël Glucksmann, fondateur et président du petit mouvement Place publique, lié intellectuellement et politiquement à la famille socialiste, a remporté dès le premier tour l’élection primaire organisée par le PS dans la perspective de l’élection présidentielle du printemps prochain, avec plus de 66% des voix.
Raphaël Glucksmann a remporté les primaires de la gauche dite „modérée“ Photo: Sébastien Bozon/AFP
Raphaël Glucksmann devance très largement le premier secrétaire du parti, Olivier Faure, et l’ancienne finaliste malheureuse de la présidentielle de 2007, Ségolène Royal. Laquelle avait multiplié les attaques contre Glucksman, traité notamment de „stagiaire“, en s’attirant un rappel à l’ordre de la commission de contrôle de ce scrutin.
La primaire aura rassemblé environ 120.000 votants, chiffre qui peut sembler bien faible par rapport aux précédents exercices du même genre chez les socialistes, où l’on parlait alors de plus d’un million, voire deux millions, de participants. Mais les conditions en étaient différentes à plus d’un titre, de sorte que le scrutin de ce week-end permet tout de même de tirer de cette consultation quelques enseignements.
Le premier est évidemment que la relative jeunesse, la liberté de ton du vainqueur, son indépendance à l’égard des arcanes dirigeantes du PS et son hostilité radicale à toute alliance avec Jean-Luc Mélenchon – alors que M. Faure et Mme Royal cultivaient au contraire l’ambiguïté à cet égard, sans parler de Marine Tondelier, qui dirige les Verts, mais ne concourait pas à la primaire – ont massivement séduit les militants et sympathisants socialistes. C’est d’autant plus net si l’on ajoute aux suffrages recueillis par Raphaël Glucksmann ceux qu’a remportés Jérôme Guedj, dont le score est modeste, mais qui faisait en fait campagne aux côtés du vainqueur, et qui s’est aussitôt rallié à lui, partageant notamment son hostilité sans faille au leader de La France insoumise et à ses insinuations antisémites.
Que devient Olivier Faure?
Second enseignement: le PS en général, et son „patron“ Olivier Faure en particulier, semblent décidément à bout de force. Certes, l’histoire politique française est pleine de fausses morts et de vraies résurrections; François Mitterrand en reste un exemple éclatant, et même, après tout, le général de Gaulle sous la IVe République. Mais il s’agissait alors de personnalités, exceptionnelles de surcroît, non de partis. Se consolera-t-on chez les socialistes avec le constat que la droite modérée ne va pas beaucoup mieux, cependant que le macronisme semble agoniser? En tout cas, M. Faure risque d’avoir fort à faire pour conserver son fauteuil de chef de file du PS, un fauteuil qu’il n’avait sauvé que de justesse lors du dernier congrès.
Troisième leçon à tirer de la primaire: décidément, si solide que demeurent la personnalité de Jean-Luc Mélenchon et sa candidature à l’Elysée, il reste un repoussoir très actif pour les électeurs de la gauche modérée et démocratique; au fond, la social-démocratie, même si le mot n’a pas encore droit de cité partout dans cette famille politique – autre „exception française“ en Europe. Reste à savoir quels seront les scores mélenchonistes lors de l’élection présidentielle de 2027, puis aux législatives qui ne devraient pas manquer de suivre.
Seulement en quatrième position
Cette victoire de Glucksmann, en forme de raz-de-marée – surtout acquise dès le premer tour – ne doit cependant pas laisser croire au vainqueur de dimanche soir que désormais s’ouvrirait devant lui une sorte de boulevard électoral. D’abord, parce que le détail de son programme reste bien vague, si l’on en perçoit l’ambition générale. On a coutume de dire que „le diable se cache dans les détails“; en l’occurrence, chaque précision, évidemment nécessaire, que le candidat apportera, peut lui valoir autant de rejets que de ralliements supplémentaires. Ensuite, si brillante que soit sa performance dans une compétition interne organisée par un parti dont il n’est même pas membre, bien qu’il s’y rattache, il ne saurait oublier qu’il ne reste pour l’instant, dans les sondages en vue du premier tour, prévu le 18 avril, qu’en quatrième position, derrière l’indétrônable (en tout cas pour l’instant) Marine Le Pen, Edouard Philippe pour la droite modérée, et Jean-Luc Mélenchon, à respectivement 35% des intentions de vote environ, 22% et 16%. Son triomphal 66% est impressionnant, mais il ne vaut qu’auprès de quelque 120.000 électeurs de la même famille politique que lui.
Pour paraphraser une formule qu’avait employée devant ses proches François Mitterrand: „Messieurs, les emmerdements commencent!“ Encore venait-il, lui, en ce soir du 10 mai 1981, d’être élu président de la République. Pour Glucksmann, c’est peu dire que le chemin risque d’être encore long.