France
Une aide modeste pour les automobilistes et de gros soucis budgétaires
Le gouvernement français a pris une mesure d’aide aux automobilistes pour les aider à faire face à leurs frais de carburant, dont les prix ont, dans l’Hexagone comme ailleurs, considérablement augmenté depuis le déclenchement de l’attaque israélo-américaine contre l’Iran et le blocage du détroit d’Ormuz que celle-ci a provoqué. Mais le montant de cette aide et sa répartition sont déjà critiqués.
Manifestation de la CGT dans le Nord-Ouest de la France Photo: AFP/Damien Meyer
Il s’agit d’une allocation de 50 euros, versée une seule fois, au mois de juin, aux salariés obligés d’utiliser leur voiture pour aller travailler et dont le revenu familial est modeste. Plus précisément, seuls seront concernés ceux qui font plus de 30 kilomètres par jour (en comptant l’aller et le retour du trajet domicile/travail, auquel on ajoutera l’usage éventuel du véhicule pour le travail). Quant à leurs revenus, ils devront être inférieurs à dit 17.000 euros par an pour une personne seule et 50.000 pour un couple avec deux enfants. Ce qui devrait représenter environ trois millions de personnes.
Ce sont d’abord ces 50 euros qui sont critiqués, au mieux en disant que „c’est toujours mieux que rien“, mais aussi que, pour un trimestre de crise qui peut d’ailleurs se prolonger, la somme est tout de même bien maigre. Le litre de gazole est en moyenne aujourd’hui aux alentours de 2,20 euros à la pompe et celui de sans-plomb à 2,06 environ, après – et sans doute avant – de nombreuses fluctuations, généralement à la hausse, tendance que l’évolution de la situation dans le Golfe semble devoir confirmer.
Depuis le début de la crise, l’augmentation aura en effet été de l’ordre de 50 centimes par litre pour le gazone et 25 pour l’essence. La ministre de l’Energie, Maud Bregeon, a précisé hier: „L’idée est d’avoir une aide forfaitisée qui correspondrait en moyenne à 20 centimes par litre pour des gens qui parcourent 30 kilomètres par jour.“ Et le premier ministre Sébastien Lecornu a confirmé qu’il avait fait le choix de ne pas moduler l’aide selon le nombre de kilomètres parcourus „pour éviter de grosses complications administratives et des décomptes à n’en plus finir“: ce sera aux bénéficiaires potentiel de rédiger une déclaration sur l’honneur. Mais il a aussi admis que „plus on roulera, moins l’économie à chaque plein sera importante“, du fait du caractère forfaitaire de l’aide.
La dette pèse sur le budget 2027
Mais au-delà de ce débat technique, plusieurs syndicats et associations ont regretté que cette aide „écarte l’ensemble des retraités, des étudiants, des familles rurales, des travailleurs bénévoles“ et ceux qui, à la campagne notamment, doivent prendre une voiture tous les jours pour se rendre en ville y subir des soins médicaux indispensables. M. Lecornu a reconnu que son plan d’aide obéissait à „une logique de soutien à l’activité économique“, car il s’agissait de „rester responsable pour nos finances publiques“.
De fait, chaque action de l’Etat comportant de nouvelles dépenses – ou une baisse de recettes: c’est bien pourquoi le gouvernement, contrairement à ce qui s’est fait dans d’autres pays européens, n’a pas allégé la taxation sur les carburants pour compenser un peu leur hausse – est soupesée avec méticulosité par les experts du ministère des Finances. Le premier ministre, instruit par ses tribulations parlementaires de l’an dernier, a même lancé dès à présent la préparation du budget 2027. Un budget déjà lourdement handicapé par le paiement des intérêts de la très lourde dette publique.
Et cela dans un contexte particulièrement difficile: on considère généralement à Paris que la guerre contre l’Iran a déjà coûté à la France, sans qu’elle y participe, environ six milliards d’euros et les ministères ont été invités à en économiser quatre sur leurs budgets respectifs. Mais le budget de la Défense, au regard des événemets internationaux actuels, appelle à l’évidence une sérieuse rallonge pour le prochain exercice. Et l’avenir – diplomatique, politique, militaire, financier – s’écrit plus que jamais avec un gros point d’interrogation.