France

Les prix des carburants s’enflamment: Les „Gilets jaunes“ vont-ils faire leur retour?

La France va-t-elle renouer avec les „Gilets jaunes“, dont le mouvement avait défrayé la chronique – et accessoirement coûté une dizaine de milliards d’euros aux finances publiques – en 2018-2019? Certains signes avant-coureurs et certaines déclarations le laissent craindre aux autorités, tout particulièrement dans un contexte préélectoral qui complique tout (voir Tageblatt du 14 septembre).

Les prix du diesel atteignent déjà la barre des 3 euros à cette station-service de l’est de la France

Les prix du diesel atteignent déjà la barre des 3 euros à cette station-service de l’est de la France Photo: Jean-Christophe Verhaegen/AFP

Comme il y a six ans, c’est d’abord le problème du prix des carburants – en particulier, cette fois-ci, le gazole, de loin le plus utilisé par les professionnels routiers ou pêcheurs – qui commence à mettre le feu aux poudres. Certains dépôts de pétrole ont été bloqués ces tout derniers jours, avant, en général, une évacuation policière. D’autre actions sont annoncées pour les semaines qui viennent, qui pourraient conduire à une certaine paralysie de la circulation un peu partout en France, ainsi que, plus immédiatement, à une fermeture temporaire de bien des stations-service, s’il devait se confirmer que les camions de distribution sont empêchés d’accéder aux dépôts. Cependant courent des bruits alarmistes sur la persistance de la hausse tarifaire „à la pompe“: certains vont jusqu’à prévoir un litre de gazole à 3 euros.

Les rapports des préfets, dans certains départements, font état de la reconstitution de groupes de „gilets jaunes“. Lesquels, d’ores et déjà, ne craignent d’ailleurs plus guère de se montrer. Et d’annoncer, par des manifestations encore pacifiques certes, des distributions de tracts, des prises de parole et des affiches, qu’ils vont reprendre l’action qui avait fini par s’essouffler en 2019, avec l’arrivée du covid-19 et les concessions budgétaires du gouvernement, outre une dérive vers l’ultra-violence qui avait fini par discréditer le mouvement à la suite de son infiltration par l’extrême gauche.

La cause profonde de la hausse des prix

Le problème, cette fois-ci, est cependant bien plus difficile encore à résoudre, pour deux raisons au moins. La première est que toute baisse de la taxation, en effet exorbitante en France, du carburant des voitures – plus de 50% du prix payé par les automobilistes – pose aussitôt le lancinant problème du sinistre état des finances nationales: un seul centime de rabais par litre des taxes sur l’essence, baisse qui resterait imperceptible pour les usagers, représenterait, dit-on, une perte annuelle de deux cents millions d’euros pour le budget de l’Etat!

La seconde raison pour laquelle le problème semble si difficile à résoudre est que les causes profondes de la hausse du prix du baril échappent totalement, bien sûr, au gouvernement français, comme d’ailleurs à la plupart des autres, puisqu’il s’agit de la guerre contre l’Iran dans laquelle s’enlise Donald Trump, s’agissant des détroits d’Ormuz et de Bab El-Mandeb, et des frappes de l’Ukraine contre les raffineries de pétrole de son agresseur russe. Dans un cas comme dans l’autre, compte tenu du peu de cas que les présidents américain et russe font de l’Europe et notamment de la France, on voit mal ce qu’Emmanuel Macron et son gouvernement y peuvent.

Des réactions politiques contrastées

La perspective d’une reprise du mouvement des „Gilets jaunes“, en tout cas, embarrasse fort la classe politique, et suscite des réactions contrastées. Du côté de ce qu’il reste de l’ex-majorité macroniste, on exhorte les mécontents à la patience – mais en attendant quoi? – et on dénonce „ceux qui soufflent sur les braises“, pour „transformer l’inquiétude en colère, et la colère en révolte“, selon la formule du ministre des Finances.

Le Rassemblement national est plus embarrassé: Marine Le Pen, toujours largement en tête des sondages pour le premier et le second tour, est manifestement tiraillée entre son souci d’apparaître proche des Français de base, ceux qui sont le plus durement frappés par l’inflation en général et celle du carburant en particulier, et puis, tout de même, celui d’incarner, face à un gouvernement qui ne semble plus tenir grand-chose, la défense de l’ordre public et de l’autorité publique.

Les communistes veulent passer à l’act

Reste la gauche. Sans surprise, Jean-Luc Mélenchon manifeste à l’égard d’éventuels futurs „Gilets jaunes“ la même bienveillance qu’il prodigue à toutes les forces et mouvements susceptibles de semer le trouble dans une société dont il condamne inlassablement l’organisation. Et il en profite pour dénoncer au passage les „profiteurs de guerre“, autrement dit tous les distributeurs de pétrole, sans tenir compte, d’ailleurs, du fait que Total, seul de sa catégorie, opère déjà dans ses propres stations-service un sérieux rabais sur le prix général, ce que lui permet sa structure intégrée, de la prospection à la distribution en passant par l’extraction, le raffinage et le transport.

Mais la réaction des communistes, elle aussi très favorable aux „Gilets jaunes“, était un peu moins attendue. A l’occasion de la fête de L’Humanité, le quotidien du PCF, le numéro un du parti, Fabien Roussel, a appelé les Français „à se mobiliser, à occuper les ronds-points et les sous-préfectures“, pour exiger ce que demanderont aussi les „Gilets jaunes“, et à „choisir la stratégie des barricades si le gouvernement fait la sourde oreille“. Quant à Olivier Faure, toujours premier secrétaire du PS, il s’est contenté de dire que si „gilets rouges“ il y a, il „les comprendra“ et „sera à leurs côtés“. Mais sans doute pas, si on le suit bien, sur les barricades.

0 Kommentare
Das könnte Sie auch interessieren

Wegen Ukraine-Krieg

Russland stehen verschärfte US-Sanktionen bevor

Schweden

Magdalena Andersson vor Comeback als Regierungschefin