France

Lecornu de plus en plus menacé par une motion de censure

Cela fait deux bonnes semaines que le nouveau premier ministre français, Sébastien Lecornu, prend son temps. Que ce soit sur les grandes lignes de son futur projet budgétaire, ou sur la composition de son non moins futur gouvernement.

Le nouveau premier ministre français Sébastien Lecornu n’a même pas encore nommé son gouvernement, qu’on parle déjà de son échec

Le nouveau premier ministre français Sébastien Lecornu n’a même pas encore nommé son gouvernement, qu’on parle déjà de son échec Photo: AFP/Ludovic Marin

Sa prudence est évidemment dictée par la situation politique et sociale actuelle. Mais elle commence à exaspérer ses adversaires, socialistes notamment, qui, faute de précisions, le menacent de plus en plus explicitement d’une motion de censure.

Le contraste est en effet singulier entre la constance qu’aura mise le locataire de Matignon à y recevoir partis et syndicats, y compris à plusieurs reprises, et l’absence d’annonces de décisions qui se manifeste immanquablement jusqu’à présent lorsque les délégations sortent sur le perron. „Il ne nous a rien dit de nouveau“, déplore l’un. „Dans ces conditions, peut-on même parler de consultations?“, surenchérit l’autre. Cependant qu’une troisième, la secrétaire générale de la CGT, ironise: „Cela fait bizarre d’avoir pour interlocuteurs gouvernementaux, réunion après réunion, trois ministres démissionnaires.“

Souci, comme le dit un élu macroniste, de „ne pas abattre prématurément toutes ses cartes?“ Peut-être, mais, lorsqu’il avait pris ses fonctions et commencé sa longue série d’entretiens politiques et sociaux, Sébastien Lecornu n’avait pas fait mystère de vouloir incarner „une rupture“, et cela tant sur le fond que sur la forme. Il n’en avait pas fallu beaucoup d’avantage, s’ajoutant à une volonté de dialogue qui ne semblait pas feinte, pour alimenter certains espoirs, encore prudemment inavoués, dans l’opposition. Sur la prise en compte des exigences de la gauche, mais aussi, pourquoi pas, sur une ouverture – prudente, forcément prudente de part et d’autre – de la nouvelle équipe gouvernementale à quelques personnalités membres du PS ou proche de lui.

Puis le temps a passé. Et plus il passait, plus ce que M. Lecornu livrait, au compte-gouttes, de ses intentions programmatiques, semblait au contraire s’éloigner de toute vraie „rupture“ avec le macronisme et les orientations des précédents premiers ministres. Ce qui écartait d’autant la perspective d’une „ouverture à gauche“, contrairement à ce que, paraît-il, Emmanuel Macron lui-même avait soufflé au successeur de François Bayrou, en le nommant: „Travaillez donc avec les socialistes!“

Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, en tout cas, a décidé hier de mettre, comme on dit, les pieds dans le plat: „Si le premier ministre ne nous livre pas vendredi, lors de notre prochain rendez-vous à Matignon, le détail de son projet de budget pour 2026, il doit savoir que nous le censurerons.“ Comme il ne fait aucun doute que La France insoumise fera de même (et, elle, quelles que soient les circonstances, elle l’a déjà annoncé) et que le Rassemblement national, qui rêve d’une nouvelle dissolution et donc de nouvelles législatives dont il aurait toutes chances de sortir encore renforcé, ne semble aucunement porté à l’indulgence pour la rentrée parlementaire – qui aura lieu formellement mercredi, même si les vrais débats ne sont attendus qu’en début de la semaine prochaine – les jours du gouvernement Lecornu semblent comptés d’avance.

Une douche froide

Il est vrai que le premier ministre, ces derniers jours, a versé sur les espérances que ses atermoiements et ambiguïtés avaient pu faire naître à gauche ce que le président du groupe socialiste à l’Assemblée, Boris Vallaud, a appelé „une véritable douche froide“. Cela, en particulier, dans un entretien accordé au quotidien Le Parisien, dans lequel, tout en rendant hommage au PS „qui a donné deux présidents à la France“ (pour s’en tenir en fait à la Ve République) et au Parlement „où doivent être trouvés les compromis qui assureront le budget de la nation“, il a coupé court à plusieurs propositions.

Non seulement au recours à la fameuse „taxe Zucman“, un projet qui reviendrait notamment à amputer le capital des plus riches, y compris les entreprises, de 2% par an, en plus de la fiscalité souvent jugée déjà lourde dont sont frappés ces contribuables hors normes, mais aussi à tout retour à l’ISF (impôt de solidarité sur la fortune), que le président Macron avait remplacé par une taxe sur la fortune immobilière.

Certes, on reconnaît à Matignon que „les Français sont en demande de plus de justice fiscale“, et que l’effort demandé à la population sur ce terrain ne doit pas épargner les plus riches; mais les mesures phares préconisées par la gauche et l’extrême gauche, et qui auraient eu une valeur symbolique forte, permettant au PS de ne pas s’associer à la motion de censure de LFI, ne seront certainement pas retenues. Le chef de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, s’en réjouit d’ailleurs ouvertement: „Lecornu fait du Macron, au moins c’est franc! Les nigauds sont servis, et ils vont vite revenir à la raison et à la maison.“

On comprend que dans ce contexte, même si rien n’est encore tout à fait joué, les pronostics sur la longévité de l’aventure ministérielle en cours ne lui accordent guère de chances. La deuxième grande question posée aux parieurs étant évidemment: et après? Nouvelle tentative élyséenne de raccommodage, ou dissolution malgré tout?

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