France
Le scrutin municipal va-t-il rendre les extrêmes fréquentables?
Le premier tour des élections municipales a lieu après-demain en France dans un climat que la situation internationale rend quelque peu irréel. Même si, dans un certain nombre des quelque 35.000 communes concernées, la campagne a été rude, et, dans les plus grandes d‘entre elles, résolument politisée, à commencer naturellement par Paris, Marseille et Lyon (voir Tageblatt du 2 mars).
Le premier tour des municipales se tiendra dimanche Photo: Sébastian Bozon/AFP
Mais dans beaucoup d’autres, dont 70% comptent moins de mille habitants, le combat pour la mairie est resté feutré, loin du fracas des armes – au point même que dans soixante-dix d’entre elles, on n’a tout simplement pas trouvé de candidats pour constituer ne fût-ce qu’une unique liste… Car inévitablement, les enjeux locaux y semblent beaucoup plus modestes, voire un peu dérisoires au regard de la guerre au Moyen-Orient, sans parler de l’Ukraine.
Cela dit, les causes de ce manque d’appétence pour le scrutin municipal des dimanches 15 et 22 mars tiennent aussi à la situation politique intérieure française, à son manque de perspectives et à ses incertitudes. Tout particulièrement à propos de l’élection présidentielle qui suivra un an plus tard, que le vote communal de cette année était censé préfigurer mais pourrait bien, finalement, ne guère donner, sauf surprise, d’indications lisibles et exploitables.
En fait, ce que les observateurs scruteront avec le plus d’attention est probablement le comportement respectif de la gauche modérée avec La France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon, et, de l’autre côté de l’éventail politique, celui de la droite également modérée avec le Rassemblement national. Car dans l’un et l’autre cas, on voit s’esquisser, dans bien des villes importantes ou moyennes, des rapprochements qui osent d’autant moins s’afficher ouvertement qu’ils contrastent avec les professions de foi émises de part et d’autre, mais pourraient bien contribuer à rendre une part de respectabilité aux formations extrémistes.
C’est particulièrement flagrant pour le Parti socialiste, dont le bureau national avait condamné la semaine dernière „les caricatures complotistes et les propos antisémites intolérables de Jean-Luc Mélenchon“. Même réflexe chez le premier secrétaire du PS Olivier Faure, qui avait semblé assez flottant jusque là mais qui déclarait vendredi dans une interview au Parisien: „Le fait de renouer avec des propos antisémites qu’on pensait inimaginables à gauche a été pour nous le franchissement de l’inacceptable.“
Le cas de Paris, Marseille et Lyon
Si ce n’est que… A l’approche du scrutin, le ton change à la direction du PS, où l’on évoque l’existence d’un „mélenchonisme à visage humain“ (il y aurait donc une version „humaine“ de l’antisémitisme?) pour justifier, tout compte fait, la nécessité de ne pas laisser la droite conquérir ou conserver des mairies par refus de s’allier à ce qui était hier encore „inacceptable“. Patrick Kaner, le président du groupe socialiste au Sénat, a tenté, vaillamment mais vainement, de sauver l’honneur en estimant de son côté qu’il „vaut mieux perdre une élection que son âme“, mais il ne semble pas avoir été entendu.
Reste qu’à droite, la situation n’est guère plus brillante: comme il semble loin le temps où Jacques Chirac écartait résolument et définitivement toute complaisance à l’égard de l’extrême droite! Il est vrai qu’il s’agissait alors du Front national et de Jean-Marie Le Pen. Mais là aussi, nombre de ténors du parti LR jurent à qui veut les entendre qu’il n’est pas question d’une alliance avec le Rassemblement national de Jordan Bardella et Marine Le Pen, tout en entretenant discrètement certains contacts, déjeunatoires et autres, avec des dirigeants RN.
En particulier dans une perspective municipale, là où, dans le Midi méditerranéen notamment, l’extrême droite pourrait apporter entre les deux tours un appoint substantiel à la droite classique… à charge de revanche, par exemple dans le Nord. Et plus que tout là où de grosses municipalités de gauche sortantes, mais en difficulté à en croire les sondages, pourraient être reprises par la droite – à condition que celle-ci ne se retrouve pas seule. C’est notamment le cas des trois plus grandes villes de France: Paris, Marseille et Lyon, dont le nouveau mode de scrutin, il est vrai, revenant notamment à faire désigner le maire directement par les électeurs tout en conservant les élus d’arrondissement, complique le jeu de possibles tractations, ouvertes ou secrètes et les pronostics.
Bref, on voit que les candidats et leurs partis, guerre du Moyen-Orient ou pas, s’intéressent bien plus aux élections municipales, en réalité, que les électeurs; en tout cas dans les grandes villes où le scrutin s’annonce serré, et son issue politiquement symbolique. Quitte à oublier un peu qu’en tout état de cause, le risque d’une abstention élevée reste fort, laquelle ne constituerait évidemment pas un bon signe pour la vitalité de la démocratie française.