France
Le gouvernement craint un embrasement ce mardi
Faisant suite à une semaine marquée par l’agitation lycéenne, qui s’est soldée ce week-end et hier encore par d’impressionnants et coûteux dégâts et quelque cinq mille interpellations, la journée de ce mardi s’annonce redoutable pour le gouvernement. Car plusieurs syndicats nationaux ont décidé de se joindre au mouvement, faisant craindre au gouvernement un embrasement généralisé.
Police et manifestants se confrontent devant le Lycée Gustave Eiffel à Bordeaux Photo: Christophe Archambault/AFP
La relative accalmie dominicale n’aura pas survécu à la reprise, de plus en plus théorique, des cours hier matin, même avec quelque 500 lycées fermés. Ainsi, il n’était guère que huit heures lorsqu'un premier établissement, à Paris, a fait l’objet d’un assaut en règle, qui s’est prolongé par un incendie alors que le personnel et les élèves étaient déjà à l’intérieur. Les pompiers, malgré un caillassage sévère des assaillants, ont pu l’éteindre; il ne restait plus qu’à constater l’étendue des dégâts dans ce lycée pourtant quasi-neuf et très bien équipé.
Le bilan des événements, cependant provisoire, que la journée de dimanche avait permis de dresser, faisait état d’une bonne cinquantaine d’établissements au moins partiellement saccagés, le triste record appartenant sans doute au lycée Nelson-Mandela de Nantes, entièrement neuf et où les réparations après la mise à sac et l’incendie dont il a été victime sont estimées à plusieurs dizaines de millions d’euros.
La classe politique réagit à ces troubles avec, comme on pouvait s’y attendre, des déclarations variées. Il est cependant significatif que personne ne semble complètement donner tort aux lycéens quant à leurs protestations, du moins tant qu’elles restent pacifiques, devant des carences sont l’Education nationale s’est en effet rendue coupable depuis des décennies. Qu’il s’agisse du manque d’enseignants, des horaires de cours mal distribués, ou de l’état parfois pitoyable de certains lycées. Même si, assure-t-on du côté officiel, la France consacre plus d’argent par élève que bien d’autres pays souvent cités en exemple, comme l’Allemagne.
Police trop brutale
Mais, c’est évidemment de l’opposition, et plus particulièrement de la gauche et de l’extrême gauche, que viennent les critiques les plus vives. Critiques, d’abord, contre une dégradation qui a incité les lycéens à se révolter, quoi que l’on pense des méthodes employées: l’image d’un commandant de police à terre roué de coups de pied dans la figure, ou encore celle d’une passante qui tentait de dissuader un petit groupe de saccager un abribus et qu’on a tenté de brûler au visage avec un engin incendiaire, ne sauraient évidemment recevoir d’approbation de quiconque.
Mais aussi critiques contre une attitude policière que l’on accuse d’être souvent trop brutale, surtout dans les rangs des manifestants, mais pas seulement. Plusieurs enquêtes de l’IGPN (Inspection générale de la police nationale, la „police des polices“) ont d’ailleurs été diligentées. Et critiques, enfin, y compris en interne à gauche, contre l’attitude de La France insoumise, dont le leader Jean-Luc Mélenchon a d’abord poussé les manifestants à exercer ce qu’il appelle une „violence légitime“, avant de mesurer sans doute que les choses allaient trop loin et pouvaient électoralement lui nuire.
Malaise social
Quant au gouvernement, il a d’abord réagi assez mollement, se contentant de condamner les violences – tout en reconnaissant à mi-voix que tout n’était pas faux dans les reproches des lycéens – et de tâcher de maintenir un semblant d’ordre. Mais depuis hier, le premier ministre semble commencer à reprendre les choses en main, et s’efforcer de lancer une réflexion collective sur les améliorations que l’on pourrait apporter au système. Le problème étant que les protestataires réclament des réformes immédiates, et que les finances publiques sont au plus bas.
Reste cette journée d’aujourd’hui, où le monde du travail dans son ensemble veut manifester son „ras-le-bol“ devant différentes difficultés quotidiennes, auxquelles le prix des carburants n’est évidemment pas étranger, même si l’on saurait y voir la seule cause du malaise social français actuel. Certains espèrent dans ce contexte, et d’autres au contraire redoutent, ce qu’on appelle dans la phraséologie trotskiste „la convergence des luttes“. Mais, à gauche toujours, d’autres se souviennent que la fusion étudiants/syndicats, sur fond de troubles violents, en mai-juin 1968, avait fini par favoriser électoralement la droite. A quelques mois d’un double scrutin majeur, présidentiel puis législatif, même face à un pouvoir bien plus déliquescent qu’il ne l’était à l’époque, cela peut aussi donner à réfléchir.