France
A un an de la présidentielle, les candidatures prolifèrent
Dans un an très précisément aujourd’hui, autrement dit le 20 avril 2027, aura lieu – si les rumeurs concernant le calendrier du scrutin sont confirmées – le premier tour de l’élection présidentielle française. L’échéance peut sembler encore lointaine, mais elle suscite déjà une activité fébrile dans les états-majors des partis, et chez tous ceux qui se verraient bien poser leur candidature. Lesquels sont à l’évidence nombreux …
Qui va succéder à Emmanuel Macron à l’Elysée l’année prochaine? Le nombre des candidats augmente ... Photo: Teresa Suarez/Pool/AFP
La guerre au Moyen-Orient préoccupe cependant plus l’opinion que ce rendez-vous électoral, certes majeur, de l’an prochain. D’autant plus que la France, tout en restant spectatrice, s’y trouve impliquée, notamment par la mort successive de deux de ses soldats, dont celle d’un sergent-chef de la FINUL, Florian Montorio, avant-hier au Liban, sans doute imputable au Hezbollah. Et aussi par l’activité diplomatique du président Macron, de concert avec d’autres dirigeants européens. Outre, brochant sur tout cela, les regards anxieux des automobilistes sur le prix des carburants, dans l’Hexagone comme ailleurs.
Il n’empêche: les candidatures tendent à se multiplier, au point qu’Emmanuel Macron, qui constitutionnellement ne peut plus se représenter, pourrait faire sienne la phrase de De Gaulle, interrogé sur la façon dont il imaginait sa propre succession: „Après moi, ce n’est pas le vide que je crains, c’est le trop-plein!“ Ce qui n’arriva d’ailleurs pas vraiment à l’époque, mais pourrait bien se réaliser aujourd’hui, tant l’on se bouscule, du moins en dehors du Rassemblement national et de La France insoumise.
Car voilà deux partis qui n’ont pas à se demander qui portera leurs couleurs respectives dans la course à l’Elysée. Il est vrai qu’une incertitude subsiste tout de même à l’extrême droite entre le jeune président du RN, Jordan Bardella, et sa cheffe historique, Marine Le Pen. Car c’est le verdict des juges de la Cour d’Appel, rendu le 7 juillet prochain, qui dira si cette dernière est éligible ou non. Quant à LFI, la candidature de son fondateur Jean-Luc Mélenchon ne fait absolument aucun doute, et se poser la question dans les rangs insoumis passerait pour un crime de lèse-majesté.
Des primaires, ou non?
Certes, les sondages lui sont nettement moins favorables que pour le RN, mais ils ont déjà de quoi embarrasser fortement le reste de la gauche. Le week-end dernier se sont réunis plusieurs de ses dirigeants, dont le premier secrétaire du PS Olivier Faure, le président du groupe socialiste à l’Assemblée Boris Vallaud, l’ancien premier ministre Bernard Cazeneuve – qui va répétant, un peu en vain pour l’instant, qu’il vaudrait mieux s’entendre d’abord sur un programme que sur un nom – et Raphaël Glucksmann, électron libre mais membre de la famille, plutôt bien placé dans les sondages. Et cela autour d’une question moins simple qu’il n’y paraît: comment empêcher le Rassemblement national d’accéder à l’Elysée sans pour autant s’allier à La France insoumise?
Avec une sous-question qui hante aussi les autres formations non extrêmes: comment désigner le meilleur candidat? Autrement dit, faut-il organiser une primaire (ouverte, ou réservée aux militants?) ou bien s’en remettre aux sondages, voire à des négociations à l’intérieur de chaque parti? Chaque option a ses partisans et ses détracteurs, les uns et les autres n’étant pas sans arrière-pensées, car du mode de désignation choisi peut sortir tel nom, ou tel autre.
Ce qui est vrai à gauche l’est encore plus au centre et à droite, où les „candidats à la candidature“ abondent particulièrement. Il y a ceux qui se sont déjà déclarés, deux d’entre eux avec un livre à l’appui, l’un et l’autre anciens premiers ministres d’Emmanuel Macron: Edouard Philippe et Gabriel Attal. L’un assez critique avec son ancien „patron“ élyséen, le second carrément brouillé avec lui, car il ne lui a jamais pardonné la dissolution ratée de l’été 2024. Restent ceux qui, dans la mouvance macronienne, ne se sont pas encore prononcés, mais que la tentation pourrait bien effleurer: un autre ancien premier ministre, François Bayrou, par exemple.
La liste n’est pas close
Chez les Républicains, anciens ou toujours encartés, les candidatures sont au moins aussi nombreuses. L’ex-ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau n’en fait plus mystère, et organisait d’ailleurs hier une consultation des militants LR. Son grand rival malheureux pour la désignation du président du parti, Laurent Wauquiez, ne compte manifestement pas lui laisser le champ libre, et se verrait bien appuyer sa candidature sur la base militante contre les „hiérarques“ républicains. Mais d’autres y pensent aussi très fort dans la même famille, au moins entendue au sens large: le président de la région des Hauts-de-France Xavier Bertrand, qui incarne la résistance à toute alliance même partielle avec le RN, le ministre de la Justice Gérald Darmanin, sans doute aussi Dominique de Villepin, à qui la guerre au Moyen-Orient redonne des occasions de se montrer. Et pourquoi pas l’actuel premier ministre Sébastien Lecornu, qui reste fort discret dans sa mission de durer jusqu’à l’élection présidentielle, mais qui, par là même, s’attire certaines sympathies sans susciter d’inimitiés?
La liste n’est pas close, mais il est clair que dans tous les camps concernés par cet afflux de postulants, la prolifération des candidatures, si elle devait persister jusqu’au scrutin, aurait probablement pour résultat d’aboutir à la victoire, au premier tour, des deux partis où le problème n’existe pas: le RN et LFI; et donc à leur face-à-face au second. Où la victoire du candidat lepéniste ne ferait guère de doute, si l’on en croit les sondages, certes faillibles si loin encore du scrutin, mais qui devraient donner à réfléchir aux acteurs de ce carrousel d’ambitions.