France
A J-1, les forces de l’ordre se veulent prêtes, mais l’inquiétude demeure
Le compte à rebours avant la journée de demain, samedi, où les autorités et beaucoup de Français redoutent la répétition, fût-elle un peu moins violente, des graves événements d’il y a une semaine, touche à son terme, et les préparatifs vont bon train du côté des pouvoirs publics.
Le boulevard Voltaire à Paris dimanche dernier: la France redoute une répétition des événements du week-end passé Photo: Matthieu Rondel/AFP
Cela n’a pas empêché le gouvernement de consulter les syndicats, puis hier les partis politiques, mais sans que le débat public semble en avoir tiré grand profit. Lundi, ce sera le tour des organisations lycéennes.
A J-1 ce vendredi, où en est-on? Maintenant que le ministre de l’Intérieur, et jusqu’au président Macron, ont reconnu qu’il y avait eu le 17 octobre une grave sous-estimation du danger représenté par les émeutes, les incendies et les pillages, l’exécutif ne craint plus d’afficher son souci de renforcer massivement les effectifs de police, de gendarmerie et de CRS qui seront mobilisés cette fois-ci, tout en renforçant sensiblement leur coordination. Même les militaires de la force „Sentinelle“, traditionnellement chargés de sécuriser les lieux publics sans toutefois avoir le droit de faire du maintien de l’ordre, seront également de la partie (on parle de 500 soldats) pour monter la garde devant certains bâtiments publics, libérant ainsi les policiers qui y sont d’ordinaire affectés.
Nouvelle arrestation
D’autre part, seules seront autorisées à Paris, demain, les manifestations syndicales, dûment déclarées au préalable et pour lesquelles un itinéraire aura été fixé avec la préfecture de police. En province, les préfets ont carte blanche pour accepter ou interdire la tenue de manifestations, dans les mêmes conditions. Dans la capitale comme dans les départements, on s’efforcera, du côté officiel, d’éviter les quartiers où d’autres magasins seraient nombreux à être attaqués, vandalisés et pillés, de même que les bâtiments administratifs. A ce sujet, on a appris que l’enquête sur l’incendie criminel de la mairie de Limoges avait conduit hier à l’arrestation d’un second suspect. Mais au ministère de l’Intérieur comme à Matignon, on croise les doigts en espérant qu’avec le congrès du RN ce week-end à Orléans, un rassemblement où quelque 40.000 personnes sont attendues et qui doit lancer formellement la campagne présidentielle de Marine Le Pen, la contre-manifestation annoncée par l’extrême gauche ne va pas requérir la soudaine présence d’autres milliers de policiers.
Pour en revenir aux commerçants, déjà victimes de déprédations ou craignant de l’être demain, se manifeste une double inquiétude. La première est celle de ne pas voir leurs assurances respectives indemniser convenablement les dégâts parfois très lourds qu’ils ont subis. Les compagnies tentent de les rassurer mais ne cachent pas que si ce climat destructeur devait s’installer durablement en France, elles devraient sensiblement relever leurs tarifs. D’autre part, la crainte subsiste que le renforcement promis des forces de sécurité ne suffise pas à empêcher les casseurs et les pillards de se manifester.
Qui va payer?
Nombre de propriétaires de magasins, ou même d’appartements menacés, se sont procuré ces derniers jours des armes certes „non létales“, autrement dit non susceptibles de tuer, mais qui peuvent tout de même faire peur, voire causer certaines blessures: de l’aveu même du président du syndicat des armuriers – il y en a environ mille dans l’Hexagone – ces derniers ont été, ces jours-ci, „dévalisés par des clients inquiets“. Un seul facteur semble avoir calmé un peu la psychose de nombre de gens face au possible, voire probable selon certains, retour de la vague de violence enregistrée le week-end dernier à travers presque toute la France: le fait que les mesures de couvre-feu édictées pour la nuit, depuis plusieurs soirs, par différentes municipalités parmi les plus touchées, dont Paris autour de la place de la République et dans le quartier des Halles, ont été à peu près respectées pour l’instant.
Reste une question majeure concernant d’autres interdictions, celles-ci pour le prochain week-end: que peuvent-elles valoir si le pouvoir politique n’est pas en mesure de les faire respecter? Après tout, samedi et dimanche derniers, il était évidemment tout aussi interdit de tout casser, d’incendier des mairies ou des lycées et de piller les magasins. Or, le moins que l’on puisse dire est que cela ne semble guère avoir dissuadé les auteurs de ce méfait de passer à l’acte.
Et puis, indépendamment même de la question des assurances, qui va payer les dégâts, notamment ceux infligés à la propriété publique dans les villes? La première estimation officielle fait état d’un peu plus d’un milliard d’euros. Pour un seul week-end!
Dans une France hyper-endettée, dont les taux auxquels elle doit rembourser ses emprunts vertigineux dépassent désormais les 5,1%, et qui ne sait trop comment boucler son budget pour 2027, la question n’a rien d’anecdotique.