Leserforum
Et si ce n’étaient pas nos élèves qui échouaient, mais notre école?
Les résultats de PISA devraient nous inquiéter. Mais ils devraient surtout nous amener à nous poser une question plus fondamentale: de quelle école nos enfants ont-ils réellement besoin aujourd’hui?
Depuis des décennies, nous réformons notre système éducatif. Les gouvernements changent, les programmes évoluent, les technologies entrent dans les classes, les structures sont adaptées. Pourtant, certaines difficultés demeurent.
Peut-être parce que nous parlons beaucoup de ce que les enfants doivent apprendre, mais pas assez de la manière dont ils apprennent et des conditions psychologiques et sociales qui rendent l’apprentissage possible.
En tant que psychologue, psychothérapeute et ancien psychologue scolaire, cette question me préoccupe depuis longtemps.
Un enfant n’apprend pas seulement avec sa tête. Il apprend avec toute sa personnalité. Le sentiment d’appartenance, la confiance en soi, la motivation, la sécurité émotionnelle et la qualité de la relation avec l’enseignant ne sont pas des éléments secondaires. Ils font partie des conditions essentielles de l’apprentissage.
Les données PISA nous obligent également à regarder en face une réalité particulièrement préoccupante: les inégalités sociales.
Au Luxembourg, l’écart de performance en sciences entre les 25% d’élèves les plus favorisés et les 25% les plus défavorisés atteint 130 points, contre 85 points en moyenne dans les pays de l’OCDE. Le milieu socio-économique explique 22% des différences de performance au Luxembourg, contre 12% en moyenne dans l’OCDE.
Une école ne peut évidemment pas supprimer toutes les inégalités de la société. Mais elle devrait au moins éviter de les reproduire ou de les renforcer.
A cela s’ajoute notre réalité linguistique. Le multilinguisme est une richesse extraordinaire du Luxembourg. Il ne doit pas devenir un problème. Mais notre système éducatif doit s’adapter à la réalité des enfants et non demander continuellement aux enfants de s’adapter à une structure héritée du passé.
Lorsque 78% des jeunes de 15 ans parlent à la maison principalement une autre langue que celle dans laquelle ils passent le test PISA, nous devons avoir le courage de réfléchir à nos langues d’enseignement avec pragmatisme, sans idéologie et dans l’intérêt de l’enfant.
Il en va de même pour la numérisation. Les outils numériques peuvent enrichir l’enseignement. Mais un écran n’est pas encore une pédagogie. Les enfants ont toujours besoin de livres, de langage, de concentration, de mouvement, de créativité, de rencontres et surtout d’adultes qui croient en leurs capacités.
La technologie doit soutenir la relation pédagogique, non la remplacer.
Peut-être est-ce là que se situe la question essentielle: nous modifions les structures, les programmes, les langues, les technologies et les procédures administratives, mais nous parlons trop peu de l’image de l’être humain qui devrait être au cœur de notre école.
Je ne souhaite donc pas simplement une réforme scolaire supplémentaire qui sera remplacée quelques années plus tard par la suivante.
Je souhaite un véritable débat de société, à long terme et autant que possible au-delà des clivages politiques, sur l’école dont le Luxembourg aura besoin dans les prochaines décennies. Enseignants, élèves, parents, psychologues, pédagogues et chercheurs devraient y participer.
PISA ne devrait pas nous pousser à chercher des coupables. PISA devrait nous pousser à poser les bonnes questions.
Pas seulement: Pourquoi nos enfants obtiennent-ils de moins bons résultats ?
Mais surtout: De quoi nos enfants ont-ils besoin pour aimer apprendre, penser par eux-mêmes, prendre des responsabilités, vivre avec les autres et avoir confiance en leurs propres capacités ? C’est peut-être par cette question que commencerait enfin une véritable réforme de notre école.