Un paradis à contre-courant

Vanessa Paradis en concert à la Rockhal ce samedi

Vanessa Paradis a très tôt appris le prix de la célébrité. Près de quarante ans plus tard, son parcours raconte bien davantage que la longévité d’une chanteuse pop. Elle est en live ce samedi à la Rockhal.

L’éternelle icône de la pop française sur scène

L’éternelle icône de la pop française sur scène Photo: Bouger à Bordeaux

En 1987, „Joe le taxi“ propulse une adolescente au sommet des hit-parades. Derrière son saxophone chaloupé et ses accents de mambo se cache une histoire souvent méconnue: Joe était une femme, Maria-José Leão dos Santos, immigrée portugaise et figure des nuits lesbiennes parisiennes. Étienne Roda-Gil en avait fait le héros d’un tube mondial. Premier paradoxe d’une carrière où les apparences seront rarement ce qu’elles semblent. La France découvre Vanessa Paradis, l’adore, puis en janvier 1988, elle est huée au Midem de Cannes. Bien avant les réseaux sociaux, l’ado expérimente cette passion nationale pour les idoles qu’on s’empresse de déboulonner. En 1991, Jean-Paul Goude lui offre, pour Chanel, l’image parfaite de ce destin: un oiseau dans une cage dorée. Mais la chanteuse n’aura de cesse d’échapper au cadre. Dès 1990, Serge Gainsbourg lui écrit „Variations sur le même t’aime“. Sur „Tandem“, ses jeux de mots se frottent aux guitares de Franck Langolff. En 1992, Lenny Kravitz l’embarque dans une soul entre Motown et la pop sixties. „Be My Baby“, avec sa basse ronde et son refrain qui claque, rappelle les grandes heures des girl groups.

Le temps passe; les disques continuent. „Divine idylle“ (2007), sous la houlette de Matthieu Chedid, fait pétiller guitares, orgue et groove psychédéliques. „Love Song“ (2013), avec Benjamin Biolay, préfère les arrangements sophistiqués. Une muse? Paradis a contribué à imposer une autre figure féminine dans la pop française: moins démonstrative, mais pas moins souveraine. Une certaine esthétique de la retenue, devenue depuis un langage pop à part entière. Au cinéma, même goût du décalage. Récompensée d’un César en 1990 pour „Noce blanche“ de Jean-Claude Brisseau (1989), elle devient une héroïne en noir et blanc dans „La Fille sur le pont“ de Patrice Leconte (1999). Et puis, en 2018, changement de décor: „Un couteau dans le cœur“, thriller queer et fiévreux de Yann Gonzalez. Elle y incarne une productrice de films X gays dans le Paris de 1979. Une plongée dans les marges, loin du glamour policé des publicités; on retrouve les nuits clandestines de „Joe le taxi“.

Jetzt kostenlos testen: Ihr persönlicher 24-Stunden-Zugang

  • Zugang zu allen Online-Artikeln
  • E-Paper auf tageblatt.lu und in der App

Sie haben bereits ein Konto ? Melden Sie sich hier an.

Das könnte Sie auch interessieren

Atelier MuGi.lu

Wie die Regisseurin Céline Schlesser Musik aus Luxemburg für sich entdeckte

Buchrezension

„Höllenfang“: Im neunten Xavier-Kieffer-Krimi geht es um das Geschäft mit dem Fisch