En Concert à la Rockhal à Esch

Tout ce qui se cache derrière la pop feel good de Mika

Dès 2007 Mika dynamite la pop en y mélangeant l‘opéra, le glam et la comédie musicale, avec une joie électrique survitaminée très contagieuse. Showman et dandy polyglotte, l‘auteur-compositeur-interprète conquiert l‘international depuis quasi vingt ans, et le voici le voilà, ce soir, sur la scène de la Rockhal, toujours aussi fun et flamboyant. C‘est l‘occasion de rembobiner le parcours de la superstar, de „Love Today“ à „Hyperlove“.

Mika live auf der Bühne der Rockhal in Esch, Popkonzert mit energiegeladener Performance

Se produira sur scène à la Rockhal à Esch: l’artiste Mika Photo: DR

Michael Holbrook Penniman Jr., son nom dans le civil, qu’on connaît notamment à travers le disque „My Name Is Michael Holbrook“ (2019), naît à Beyrouth en 1983. Quelques années plus tard, son père, banquier, se retrouve bloqué sept mois à l’ambassade américaine du Koweït pendant la guerre du Golfe; les déménagements (Liban, France et Royaume-Uni) forgent, selon Mika, une mentalité de survivant.

Du mutisme au chant

À Londres, il souffre de dyslexie et de harcèlement, on le montre du doigt comme on le pointe de la voix en l’appelant „le Libanais“ ou „le pédé“, ce qui, paradoxe ou déclencheur pour un futur chanteur, le poussent au mutisme. Sa mère le retire de l’école six mois et l’immerge dans la musique: du piano, du chant et de la rigueur. À 11 ans, après avoir écouté en boucle „Heart-Shaped Box“ de Nirvana, Mika compose „Colère“, pendant que l’opéra lui révèle que la voix peut être un terrain sans frontières. Le paradoxe – ou le décalage – s’éveille un peu plus: s’il est réservé en société, il se révèle intrépide sur scène.

À 15 ans, il chante au Royal Opera House, enregistre des jingles (British Airways, un spot de chewing-gum), refuse la trajectoire toute tracée au marqueur, il tourne le dos à la London School of Economics, passe brièvement par le Royal College of Music, s’en échappe, et envoie ses maquettes à des labels. On lui suggère d’imiter Robbie Williams ou Craig David: il répond par une chanson. „Vous voulez que je sois Craig David? Je vais être Grace Kelly à la place“. Il envoie les paroles de „Grace Kelly“ aux producteurs en question, ce qui lui vaudra un silence radio, mais qu’importe – en 2007, le morceau cartonne à plein tube sur les radios ... et partout ailleurs.

Icône de mode engagée

Avec „Life in Cartoon Motion“ (2007), son premier album, Mika embarque sa famille: sa soeur Yasmine (DaWack) dessine les pochettes et les décors, sa mère coud des tenues; sur scène, du haut de son 1,91 m, il bondit dans une explosion de couleurs, c’est un volcan en forme de feu d’artifice. Son look prolonge sa musique, ses vestes colorées, ses motifs et ses accessoires excentriques. Fan du créateur Walter Van Beirendonck, il porte ses pièces fétiches; Christian Louboutin lui-même crée, inspiré par Mika, une ligne de chaussures pour hommes que le chanteur arbore souvent.

Au fil du temps, Mika collabore avec des maisons comme Moschino et Valentino pour des costumes sur mesure façon cabaret pop bariolé; là encore, c’est en raccord avec sa musique. En 2023, il ouvre son propre atelier en Italie pour façonner ses silhouettes scéniques: cabaret portable et joie couture sans artifice creux. Cette aisance se propage à l’écran: il passe non seulement d’un pays à l’autre, mais navigue d’une langue à l’autre, puisqu’il parle couramment anglais, français, italien, espagnol et même un peu de mandarin et d’arabe.

Sous les confettis, il glisse l’homosexualité, l’adolescence cabossée, ce sont des chansons avec un petit goût amer, mais avec le sucre qui fait danser

En France, il devient coach de The Voice en 2014 et revient jusqu’à une nouvelle victoire en 2019; en Italie, il rejoint X Factor dès 2013 et anime Stasera Casa Mika (2016-2017). Eurovision 2022 à Turin, ouverture du Mondial de rugby 2023 au Stade de France, Victoires de la Musique 2026, voilà une très rare trajectoire transfrontalière d’un artiste britannique devenu continental. Son impact international, il le met en oeuvre pour son pays natal. Après l’explosion de Beyrouth en août 2020, Mika organise „I Love Beirut“, concert caritatif virtuel réunissant des stars (de Kylie Minogue à Salma Hayek), diffusé dans 106 pays, et récolte plus d’un million d’euros. Il reçoit l’Ordre du Mérite du Liban.

Musique multicolore

Et sa musique alors? „Life in Cartoon Motion“ fait dans la pop baroque euphorique où le disco frôle l’opéra. „Grace Kelly“ cite Freddie Mercury et emprunte à Gioachino Rossini; son refrain théâtral propulse le titre au numéro 1, et le disque déroule d’autres évidences, dont „Relax, Take It Easy“, qui peut rappeler, par son titre-gimmick, le „Relax“ de Frankie Goes To Hollywood en 1984, mais celui de Mika est écrit en réaction aux attentats de Londres de 2005. Sous les confettis, il glisse l’homosexualité, l’adolescence cabossée, ce sont des chansons avec un petit goût amer, mais avec le sucre qui fait danser.

Mika bei seinem öffentlichen Coming-out 2012 mit dem Album „The Origin of Love“ auf der Bühne

Mika a fait son coming out public en 2012 avec „The Origin of Love“ Photo: Sacha Cohen

„The Boy Who Knew Too Much“ (2009), son deuxième album, prolonge la fête, dans l’introspection, il s’agit d’un voyage dans l’adolescence tumultueuse; les refrains en falsetto accrochent et le ton se nuance d’une touche un poil plus mélancolique. „We Are Golden“ ouvre l’album sur une explosion de choeurs d’enfants et si le clip exubérant fait parler (Mika danse dans sa chambre), il asseoit surtout son statut d’artiste pop total, à mi-chemin entre Freddie Mercury et un Prince plus cartoon, mais pas carton-pâte, un peu de Supertramp, beaucoup d’Elton John. Du côté de la pop contemporaine, il pourrait être un cousin plus ou moins éloigné et queer de MGMT, pour les plus connus et les plus géniaux, sinon de Passion Pit au début ou Oh No Ono (surtout leur excellent album „Eggs“, sorti en 2009). Il n’est pas très loin non plus des Scissor Sisters, en version, pour le coup, plus light.

Après les phases de mutisme de sa jeunesse, Mika fait son coming out en 2012. Avec „The Origin of Love“ (2012), il creuse un peu plus la veine perso. Si „Celebrate“, produit par Pharrell Williams, verse dans l’hédonisme, la chanson-titre, dédiée en concert à l’homme qu’il aime, raconte l’inconditionnel. „Popular Song“, avec Ariana Grande, rejoue les cruautés du lycée. „Last Party“ salue Freddie Mercury, encore, en requiem disco, „Good Guys“ dresse la liste des modèles gays, d’Arthur Rimbaud à Andy Warhol en passant par Jean Cocteau.

Les dernières parutions

Après un intermède symphonique à l’Opéra Royal de Versailles, dans le disque „My Name Is Michael Holbrook“ (2019), l’identité est à nu, il se rapproche alors encore un peu plus de l’intime. „Ice Cream“ joue le funk d’été rafraîchissant, pendant que „Tiny Love“, construit comme une mini-suite, passe du murmure à l’explosion orchestrale pour célébrer l’amour qui vaut toutes les épopées, comme si Brian Wilson composait une comédie musicale. Dans les années 2020, le souffle passe par le français: „Que ta tête fleurisse toujours“ (2023), premier album entièrement dans la langue de Rimbaud et Cocteau, fait dans l’euro-pop qui pétille et crépite, avec „Bougez en étendard“ ou „Jane Birkin“ en name dropping.

En 2026, „Hyperlove“ flirte avec le politique; „Modern Times“ satirise l’époque, mais il s’agit de rester pop pour toujours. Au-delà des comparaisons (Queen, Elton John...), Mika reste un auteur de monde, monde ici aussi bien en tant que synonyme d’„univers“ que pour parler de sa notoriété internationale; il a construit un refuge éclatant et continue de fleurir aujourd’hui, avec ses refrains multicolores, sa pop positive, relax.

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