Des nerfs et de l’électricité dans l’air
Sheebaba en live samedi au De Gudde Wëllen
Un pied dans le post-punk, l’autre dans l’art contemporain, Sheebaba fait de la musique à coups de rythmiques déglinguées et de poésie. Derrière cette expérimentation germano-luxembourgeois, deux artistes qui aiment les images autant que les décibels. En concert ce samedi au De Gudde Wëllen.
Sheebaba dans leurs costumes de médecins du son Foto: Pit Reding
Depuis 2019, Nina Bodry et Julien Hübsch bricolent une musique insolente entre post-punk, indus et pop. Elle est cinéaste, il est plasticien; tous deux naviguent entre Cologne et le Luxembourg, avec un goût pour les chemins de traverse. Leur genre musical? L’„art-wave“. L’histoire commence à l’occasion d’un vernissage fin 2019. Puis le monde s’arrête; le confinement devient paradoxalement leur période d’incubation. Quand Sheebaba monte sur scène durant l’été 2021, il faut faire attention aux éclaboussures. Les boîtes à rythmes cognent comme des machines fatiguées mais obstinées, les synthés grincent, les guitares écorchent, les voix passent de la déclamation au chant avec un mépris des bonnes manières. L’anglais, le français et l’allemand s’y télescopent, comme si les frontières linguistiques étaient à secouer. On pense à Devo pour l’absurdité mécanique autant qu’à Bauhaus pour les ombres portées. Leur autre grande obsession, c’est l’image. Pas étonnant, avec deux artistes venus du cinéma et des arts visuels. Blouses blanches, combinaisons noires, chaînes et peinture sur les pommettes: sur scène, ils ressemblent aux pensionnaires d’un hôpital expressionniste qui auraient subtilisé les instruments de leurs médecins. À mi-chemin entre le film muet halluciné et le cabaret punk, le grotesque et l’inquiétant finissent par danser ensemble.