Synth-Pop

L’excès pour horizon: Empire of the Sun en concert à la Rockhal

Casques dorés, mirages synthétiques, pop multicolore qui ne connaît pas la tiédeur, Empire of the Sun trace sa route depuis ses débuts comme une caravane futuriste entre rêve éveillé et dancefloor cosmique. En live ce mardi soir à la Rockhal.

Nick Littlemore und Luke Steele von Empire of the Sun, australisches Elektro-Pop-Duo, live auf der Bühne

Nick Littlemore et Luke Steele forment le duo australien Empire of the Sun Photo: William Barrington

Avant d’être un duo australien à coiffes impossibles, Empire of the Sun appartient à un moment précis de la pop, la fin des années 2000. L’indie vide les malles du glam, du psychédélisme, du baroque et des vieux synthés réservés aux fans d’ELO, de Roxy Music ou de Sparks. Les surdoués MGMT transforment la satire de la célébrité en gros tubes („Time To Pretend“, „Electric Feel“, „Kids“), du moins assez pour survivre à leur propre ironie. Oh No Ono, au Danemark, fait d’„Eggs“ (2009) un réservoir de pop biscornue, post-Supertramp, plein de chœurs de poupées, de virages prog et d’idées farfelues. Bowie a laissé cette intuition: le costume n’est pas l’ennemi de la vérité, mais bien sa possible rampe de lancement. Empire of the Sun arrive là-dedans telle une surcharge lumineuse; le groupe prend toutes ces licences, à savoir la pose, le falsetto, le refrain de stade, la machine disco et la science-fiction de pacotille, et les pousse jusqu’au point où le kitsch, trop bien produit pour n’être que drôle, commence à se faire émouvant.

L’histoire tient de la collision bienheureuse. Luke Steele vient de The Sleepy Jackson, donc d’une pop psyché portée sur les grands gestes, les harmonies cotonneuses et les cowboys célestes; Nick Littlemore vient de Pnau, projet dance australien où la chanson se branche sur le club sans perdre son sens de la bizarrerie. Ensemble, en 2007, ils inventent un régime politique miniature: l’Empire, avec son empereur, son seigneur, ses armures, ses temples solaires et ses clips qui ressemblent à des dépliants touristiques pour une planète où le gris serait interdit. Dès „Walking on a Dream“, en 2008, il y a un petit malentendu: à première vue (et à première écoute), on peut croire à une blague d’art school, mais „Standing Of The Shore“ s’impose comme un sublime morceau (moment de grâce: le passage sans chant avec la voix de femme qui fredonne, éthérée), et la chanson-titre prend le relai, basse ronde, pulsation nette, voix perchée, et tout le décorum s’écarte pour laisser passer une phrase mélodique qui paraît exister depuis toujours.

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