Post-punk
La colère comme mise en mouvement: le groupe Sprints se produit à l’Atelier
Une chanteuse magnétique, Karla Chubb, des guitares saturées et des chansons qui s‘agitent sur une époque nerveuse, c‘est Sprints. Le groupe post-punk de Dublin se distingue par sa manière de transformer la surcharge mentale en une forme claire ainsi que par son écriture qui ne fait pas la confusion entre l‘intensité et le brouillon. Dimanche à l‘Atelier.
Le groupe irlandais Sprints comprend qu’il peut aller vers le lourd, le heurté et le direct, sans perdre la précision en route Photo: Niamh Barry
Sprints se forme à Dublin en 2019 autour de Karla Chubb, Jack Callan, Colm O’Reilly et Sam McCann; le groupe est d’abord une petite cellule de longue durée. Chubb, O’Reilly et Callan se connaissent depuis l’enfance, McCann vient compléter l’ensemble, et très vite une idée se verrouille, celle que cette musique devra être physique. Un concert de Savages agit alors comme détonateur; ce n’est pas vraiment l’étincelle romantique, mais plutôt une validation esthétique. Sprints comprend qu’il peut aller vers le lourd, le heurté et le direct, sans perdre la précision en route. C’est important, parce qu’une partie du rock tendu des années 2020 fonctionne sur un flou tenace entre dureté et profondeur; Sprints, dès ses premiers singles, montre qu’un morceau peut être brutal sans être sommaire.
„Pathetic“, „The Cheek“, puis „Kissing Practice“ se posent là, entre les riffs qui poussent, la batterie qui projette et le chant qui alterne entre morsure et ligne claire, le tout avec élan. Daniel Fox, de Gilla Band, intervient comme producteur et donne au combo une science du grain, et du vide utile autour de l’impact. Sorti en 2024, enregistré en douze jours au Black Box Studio, en France, le premier disque „Letter to Self“ prend les matériaux familiers du post-punk, du garage rock, du grunge et de la noise, mais les utilise de façon moins stylistique qu’émotionnelle. Il ne s’agit pas de faire comme une scène mais bien de donner une forme transmissible à une vie intérieure saturée.