Au Melusina
La première édition du „404 Fest“ promet une nuit musicale qui dépasse les formats et les genres
Événement fondé sur l‘énergie collective et sur une approche musicale, électro, rock, pop ou rap, qui dépasse les formats dominants, la première édition du „404 Fest“ a lieu ce soir à la discothèque Melusina. Quand festival rime avec marginal.
Nouveau festival au Luxembourg: „404 Fest“ met en scène la musique „underground“ au Melusina Source: shotgun.live
La musique, évidemment, c’est toujours bien plus que de la musique. La promesse du „404 Fest“, c’est de la musique, mais c’est surtout bien au-delà: il y est question de communauté, de scène à construire ensemble et de sentiment d’appartenance, davantage qu’un scrolling d’artistes ou de styles prêts à consommer, le téléphone accroché à la main. Il s’agit aussi d’underground inclusif: espace d’expression, diversité, respect; comme un panneau évident inscrit à même dans l’ADN du lieu, tout le monde est bienvenu, sauf les discriminations; racisme, sexisme, LGBTQ+-phobies, harcèlement sous n’importe quelle forme ainsi que tous leurs amis restent à la porte de sortie. Il s’agit aussi de défendre un anti-formatage: „404“ veut moins représenter une culture fermée qu’agréger plusieurs marges musicales au sein d’un même lieu.
Naissance du projet
Le projet est né du besoin de créer quelque chose de brut, tourné vers les artistes hors mainstream, et inclassables ou incasables (comprendre: hors des cases). Il est question de faire cohabiter des scènes qui, ailleurs, seraient plus ou moins naturellement séparées entre club, rock alternatif, dark electro et rap mutant. Le fil rouge est un fil noir. Voici le programme: Maz Univerze ouvre le bal avec un emo-rap imprégné de punk et de métal, où les cris râpent juste ce qu’il faut. Ultra World prend le relais comme une pulsation stroboscopique, trio electro-punk/EBM mené au front avec de gros beats techno, de la batterie, de la voix, du coffre. Shosta fait basculer la nuit dans une mélancolie qui bouge jusqu’à plus de sueur et plus de larmes, entre post-punk, EBM et darkwave, avec ses basses séquencées et ses guitares en suspension. Blame Emeraude rallume le décor en pop industrielle à nerfs vifs. Et quand les lives ont déjà bien tordu l’air, Ana JORHS resserre les vis avec une techno en ligne de force tendue, pendant que Steve K ferme la marche en passeur de nuit, élargissant la palette dark vers encore un peu de new wave pour prolonger l’élan jusqu’au bout. Chaque nom apporte son ombre.
Underground 2026
En 2026, dans les musiques dites underground, l’enjeu n’est plus seulement de faire entendre des artistes et groupes rares, mais de rendre à nouveau praticable un certain type de co-présence, de conduite, d’attention et de confiance. „404“ relève moins du vieux modèle contre-culturel (un genre, une tribu ...) que d’un genre de scène ... post-genre. Avec son assemblage d’alt-rap teinté d’emo-metal, d’electro-punk/EBM, de darkwave, d’industrial pop rock et de techno, „404“ annonce finalement une manière de répondre à une époque où la rareté n’est vraiment plus l’accès aux morceaux en tant que tels, mais la création d’un cadre de sens dans l’abondance. La frontière ne passe plus d’abord entre styles musicaux, mais entre des lieux jugés vivants et lieux jugés standardisés. Le vieux capital de distinction de l’underground était la pureté; là ce qui compte, c’est la qualité de l’assemblage, réuni à travers ce qu’on appelle rapidement l’éthique.

Fait part de la première édition du „404 Fest“: l’artiste luxembourgeois Maz Univerze Photo: Editpress/Alain Rischard
Les filiations du „404“ sont doubles. D’un côté, le festival s’inscrit dans une histoire de la scène luxembourgeoise des musiques amplifiées construite par des associations, des clubs de passionnés et des organisateurs ayant monté des concerts dans des bars, des caves, des salles communales ou sportives avant leur institutionnalisation partielle. De l’autre, il se situe dans une lignée esthétique dark/post-industrielle identifiable: electro-punk, EBM, darkwave, techno sombre, influences Nine Inch Nails, Depeche Mode, radicalité ...
Localement, il se rapproche plus de projets comme Lagerkultur, qui veut créer une scène musicale progressive en promouvant l’électro alternative dans des environnements artistiquement exigeants, que du grand pôle EDM spectaculaire. „404“ est une cristallisation luxembourgeoise cohérente d’un axe alternatif déjà présent, mais encore minoritaire. Et le contraste avec le reste du paysage luxembourgeois rend cela encore plus clair. L’état des lieux du secteur des musiques montre que, parmi les festivals, les formats rock et pop dominent assez largement, l’électro restant alors en marge de la scène; il rappelle aussi que ces festivals sont surtout concentrés dans le centre et le sud du pays. Dans le même temps, le Luxembourg connaît désormais des formats de très grande visibilité, comme LOA, festival EDM sur deux jours, en plein air, à plusieurs scènes.
Le monde nocturne
La mutation des scènes nocturnes depuis une dizaine d’années est là. L’underground ne se définit plus uniquement contre le marché, mais également contre les violences ordinaires qui ont longtemps été tolérées au nom de la fête ou de la transgression en guise d’excuse. „404“ protège une condition d’hospitalité. Cela rejoint un diagnostic plus large sur les lieux live et clubs européens: ce sont des lieux de découverte tout autant que des lieux qui travaillent à être sûrs pour des minorités et des contre-cultures.
„404“ incarne un underground qui ne survit plus contre les institutions, mais par une négociation serrée avec elles. L’événement se tient à la Melusina donc, club historique de Clausen ouvert depuis 1984, un point central de la culture nocturne luxembourgeoise. Il s’inscrit dans un quartier de divertissement, les Rives de Clausen, qui agrègent douze établissements; et il existe dans un environnement de régulation où autorisations, inspections, sécurité et protection des riverains font partie intégrante de ladite nightlife.
À l’échelle européenne, cette transformation est générale: les villes traitent de plus en plus la nuit au croisement de la culture, du tourisme, du bruit et de la réduction des risques. Le „404“ n’est donc pas clandestin, il est pour ainsi dire post-clandestin: il reflète une forme contemporaine de survie. En tout cas, pour écouter de la bonne musique live dans une bonne atmosphère, pas d’erreur, ça se passe au „404“.