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Interdiction des réseaux sociaux aux adolescents

Interdiction des réseaux sociaux aux adolescents

Photo: Tageblatt

Avec le lancement du projet screen-life-balance, l'État luxembourgeois a lancé une campagne de sensibilisation à propos du temps passé sur les écrans et des nuisances qui en découlent, surtout chez les adolescents. Ceci a conduit, en 2025, à une interdiction du téléphone portable en classe, tout en laissant le choix aux différents lycées quant au niveau d’application de ce règlement.

Mais bien plus que le temps passé sur les écrans, le véritable danger consiste en l’utilisation d’une partie des fonctionnalités du smartphone, notamment l’utilisation des médias sociaux.

En 2025, l’Australie a été le premier pays à interdire plusieurs réseaux sociaux aux moins de 16 ans, suscitant l’intérêt de nombreux pays. Facebook, Instagram, Reddit, TikTok, Snapchat, Twitch et Kick figurent dans la liste. WhatsApp et YouTube Kids restent accessibles pour les jeunes utilisateurs.

La Grèce, le Danemark et l’Espagne suivent le même chemin. En France, un projet de loi visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans a été adopté par le Sénat.

En Allemagne, des discussions ont lieu autour d’une interdiction pour les moins de 16 ans.

Les motifs invoqués tournent tous autour de la santé mentale des jeunes.

Si on part du principe que le smartphone nuit à la santé mentale des adolescents et que de nombreuses études démontrent que c’est surtout l’utilisation des réseaux sociaux et le scrolling qui présentent un effet addictogène, il semble logique que c’est le rôle du gouvernement de fixer des interdictions claires, comme pour la consommation de drogues, d’alcool ou de cigarettes, ou l’utilisation de certains jeux vidéo. Pour ces derniers, il semble normal qu’il existe un cadre légal défini par un âge.

Le Premier ministre Luc Frieden note dans une déclaration du gouvernement à propos de ce sujet: „Le problème ne vient pas seulement du smartphone en lui-même. Il vient aussi et surtout des réseaux sociaux, qui ne sont ni de véritables médias, ni sociaux.“

Le danger ne se limite néanmoins pas au risque d’addiction. Il s’y ajoute un manque de maturité à ce jeune âge pour faire le tri dans la panoplie de news et de fake news accessibles à tous. Le danger réside aussi dans le fait que, si on consulte tel ou tel thème, les algorithmes s’orientent toujours vers le même type de contenu …

Un autre point est le cyberharcèlement. Il prend des formes multiples, facilitées par les applications de messagerie et de réseaux sociaux. L’impact est profond, car les moqueries en ligne se prolongent hors des murs de l’école.

Quelques exemples concrets existent:

– le „bodyshaming“, où des photos humiliantes prises à l’insu de la victime, par exemple dans les vestiaires, sont publiées et diffusées dans des groupes de messagerie ou à travers les réseaux sociaux;

– la propagation de rumeurs par les mêmes outils de communication;

– le piratage de comptes Instagram ou Facebook afin de publier des contenus en se faisant passer pour la victime;

— Ou bien la diffusion de menaces à l’égard d’une personne.

Je partage l’avis d’interdire l’utilisation des réseaux sociaux dans une optique de protection de la santé mentale des adolescents. La mise en œuvre concrète sur la base d’une loi me paraît néanmoins difficile. C’est d’ailleurs sur ce point que se base l’argument principal des adversaires à cette loi. Ils pointent du doigt le fait que cette interdiction est facilement contournable et qu’il serait plus efficace de contraindre les plateformes à modifier leurs contenus et leurs algorithmes, et de passer par l’éducation des jeunes. C’est l’avis publié du Jugendrot (Conseil national de la Jeunesse du Luxembourg), publié le 21 janvier de cette année.

Sur ce point, le gouvernement luxembourgeois mise sur des solutions de vérification d’âge sécurisées, associées au futur portefeuille d’identité numérique européen EUDI Wallet.

Cette solution est en cours de développement „sans divulgation d’informations personnelles“, comme le déclare Stéphanie Obertin, ministre de la Digitalisation, dans une réponse parlementaire. Il reste néanmoins la question des frontières. Dans cette optique, le Luxembourg préfère une solution européenne homogène afin de ne pas pouvoir contourner l’interdiction en changeant simplement de réseau. Le Premier ministre Luc Frieden a lancé un ultimatum en suivant ce même raisonnement: „Si aucune solution européenne ne se dessine d’ici la fin de l’année, nous agirons au niveau national.“

Je pense effectivement qu’il s’agit d’agir rapidement en raison de l’impact immédiat et cumulatif de ces plateformes sur le développement des jeunes.

Cette interdiction ne doit pas être perçue comme une censure, mais comme une mesure de protection fondamentale de l’enfance ou de l’adolescence, au même titre que l’interdiction des drogues, des cigarettes ou de l’alcool. Il ne s’agit en aucun cas d’une atteinte à la liberté, mais plutôt d’un acte concret de reconquête de notre souveraineté numérique, d’une société luxembourgeoise soucieuse de son avenir.

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