Littérature française
Faire écran: „Kree“ de Manuela Draeger est l’un des chefs-d’oeuvre de l’année
Avec „Kree“, Antoine Volodine continue à écrire „en français une littérature étrangère“, poursuivant ici l’œuvre de son hétéronyme féministe Manuela Draeger. „Kree“ est un chef-d’œuvre souvent drôle, toujours sombre et d’une altérité radicale.
Antoine Volodine est le porte-parole (ou porte-plume) de Manuela Draeger Photo: Jérôme Panconi
Pour vous parler de „Kree“, ce somptueux roman qu’il vous faudra acheter en librairie – allez-y, elles ont rouvert leurs portes – une fois la lecture de cette recension achevée, il faut d’abord qu’on vous explique rapidement ce qu’est le post-exotisme, le monde romanesque conçu par Antoine Volodine. Or, c’est mal parti (ce qui tombe bien, car pour les personnages de Volodine, c’est toujours mal parti – c’est d’ailleurs une des lois ontologiques principales de cet univers complexe et ambitieux). Et c’est mal parti pour deux raisons: l’on n’explique pas rapidement le fonctionnement du monde romanesque d’Antoine Volodine. Et d’ailleurs, on n’explique pas l’univers de Volodine, qui volontairement se dérobe, échappant aux clichés herméneutiques et boîtes à outil mises à disposition par la critique littéraire depuis au moins „La morphologie du conte russe“ de Vladimir Propp.