Rentrée littéraire
De l’inquiétude
Alors que „La clé USB“ avait tout du pastiche de roman d’espionnage tel que Jean Echenoz l’a perfectionné, ce deuxième volume du nouveau cycle romanesque de Jean-Philippe Toussaint est une exploration de la mortalité et de la séparation amoureuse, qui cache de façon touchante sa noirceur foncière derrière le maniérisme laconique typique à l’auteur.
L’écrivain belge Jean-Philippe Toussaint
À la toute fin de „La clé USB“, Jean Detrez avoue avoir toujours eu de la difficulté à exprimer ses émotions. Avant ce constat limpide, le lecteur venait de suivre le narrateur dans les dédales d’une intrigue de cyber-espionnage aux mille circonvolutions fumeuses, un air de paranoïa nappant ce monde fictionnel qui, vers sa fin, se dissipait presque entièrement pour laisser place à un revirement plus personnel: toute l’inquiétude diffuse que le narrateur avait éprouvée au long du roman avait eu pour objet véritable la crainte pour la vie d’un père agonisant.